Hockey Le Magazine

Danièle Sauvageau et Caroline Ouellette: le maître et l’élève

Caroline Ouellette et Danièle Sauvageau (Photo: HLM)

La scène parle d’elle-même. Le personnel d’entraîneuses des Canadiennes se présente sur la glace de la Place Bell pour un tournage avec le volet « télé » de Hockey Le Magazine. Caroline Ouellette suggère à ses adjointes Lisa-Marie Breton-Lebreux et Valérie Bois d’amorcer les entrevues. « Pendant ce temps, je pourrai aller discuter de stratégies et de temps de jeu avec Danièle », dit-elle, avant d’aller à l’écart du groupe avec sa nouvelle mentor. Rencontre avec deux passionnées qui unissent maintenant leurs forces au service des Canadiennes et du hockey féminin.

 

Simon Bédard | Hockey Le Magazine

Rédacteur en chef

*Avec la collaboration de Jasmin Leroux

 

Cette scène s’est déroulée quelque 90 minutes avant le début d’une séance d’entraînement des Canadiennes. Pendant un long instant, Ouellette et Danièle Sauvageau ont discuté d’à peu près tout ce qui touchait leur équipe. Les deux dames semblaient impliquées et engagées.

 

« Caroline a été appelée à exécuter des jeux pendant des années, rappelle Sauvageau, qui agit maintenant à titre de mentor auprès d’elle. Aujourd’hui, elle doit apprivoiser son nouveau rôle, qui consiste à le faire faire. Elle ne doit plus se placer dans les patins de telle joueuse, mais plutôt trouver ce qu’elle pourrait faire pour qu’une telle émerge davantage dans un système de jeu. C’est ce que je trouve intéressant lorsque je suis appelée à travailler avec de jeunes entraîneurs. Je veux travailler avec des gens que je vais pouvoir aider. »

 

L’unisson entre les deux dames était naturel. Ça se perçoit qu’à les observer l’instant de quelques minutes.

 

« Récemment, je regardais des images de notre victoire de 2002, lors des Jeux olympiques de Salt Lake City, et je me suis souvenue à quel point c’était fou, se souvient Ouellette, qui est entraîneuse-associée des Montréalaises depuis décembre dernier. On aurait dit que ça faisait tellement longtemps. On a toujours eu une bonne relation, elle et moi. Elle m’a beaucoup appris comme jeune joueuse au sein de l’équipe canadienne. Je partais de loin! Je ne parlais pas l’anglais, je n’étais pas en super condition physique et elle m’a fait réaliser ce que ça prenait pour avoir une longue carrière au sein de l’équipe canadienne. J’ai adoré chacun de ces moments et je lui dois beaucoup parce qu’elle est à la première à avoir fait confiance à quelqu’un qui ne croyait même pas être assez bonne pour faire partie de ces formations-là. »

 

Des années plus tard, dans un tout nouveau rôle, Sauvageau a encore autant confiance en sa jeune protégée. Dans sa tête, il ne fait aucun doute qu’une longue carrière derrière un banc l’attend.

 

«Je la connais depuis un certain temps déjà, sourit la récente retraitée du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Elle en était à ses premiers pas au sein de l’équipe nationale. Je m’en souviens comme si c’était hier. Ça fait donc un certain temps que je connais son niveau d’éthique, de respect pour le sport, sa connaissance sur le plan technique et son désir d’apprendre le système de jeu et celui de ses adversaires. Ce ne sont pas toutes les joueuses qui sont comme ça. Ce sont souvent ces personnes spéciales qui se retrouvent dans le coaching, quelques années plus tard, parce que leur carrière leur a permis de développer cette facilité à lire l’adversaire, les tendances de tous et chacun, les systèmes de jeu, etc. Maintenant, le moment est venu pour elle d’expérimenter tout ça. Ça va vite derrière un banc et il survient des choses différentes à chaque match. Elle va y arriver et un jour, lorsque je décrirai un match pour le Réseau des sports (RDS), je dirai que c’est coach Ouellette derrière le banc.»

 

Un personnel d’entraîneuses solide

Cette promotion à titre d’entraîneuse-associée est arrivée un peu plus rapidement que prévu pour la femme de 39 ans, qui avait déjà certains engagements en vue de la saison actuelle. Toutefois, elle ne voulait pas rater pareille opportunité et s’est assurée d’être bien encadrée pour ses débuts.

 

«On a un très bon groupe de leaders au sein des Canadiennes et on travaille très bien les quatre ensemble, dit Ouellette à propos du quatuor qui est complété par Breton-Lebreux et Bois. On se partage la tâche cette année puisque j’avais déjà des engagements avec l’Université Concordia et mon équipe féminine pee-wee, notamment. Je ne me sentais pas prête à laisser tomber tout ça pour le moment. De savoir que Danièle était prête à nous consacrer autant de temps, ça vaut beaucoup pour moi et l’avoir comme mentor, c’est incroyable tout ce que ça me permet d’apprendre. Sa façon de communiquer et d’aborder différentes situations n’a pas de prix à mes yeux.»

 

Femme humble malgré tous ses accomplissements, Sauvageau préfère orienter les projecteurs vers Ouellette plutôt que vers elle. Après tout, le présent et le futur des Canadiennes, c’est l’ancienne numéro 13. Pas elle.

 

« Je trouvais ça important de lui donner un coup de main en l’accompagnant là-dedans, mais en la plaçant au centre de l’attention aussi, nuance-t-elle. J’aurais pu arriver et tout diriger, mais j’adore lorsqu’elle prend des décisions et que je lui dis ce que j’en pense par la suite. Parfois, ça m’arrive de lui poser des questions qui peuvent être difficiles, mais qui vont l’amener ailleurs dans son développement. Lorsqu’on est en mentorat, il faut laisser l’autre personne faire ses propres expériences et la diriger, mais pas lui dire ce qu’on ferait au quotidien. Je serais aussi bien de faire le travail, sinon! Notre but, c’est de stabiliser les Canadiennes et d’aider une Valérie et une Lisa-Marie à prendre davantage confiance en elles dans leur coaching. »

 

L’ajout de Danièle Sauvageau se veut un gros plus dans cette quête de stabilité pour l’organisation montréalaise. Elle impose un respect certain. Il y a bien sûr celui des amateurs, qu’elle a déjà gagné il y a bien des années, mais aussi celui des joueuses dans le vestiaire, qui vient la chercher profondément.

 

« Je n’oublierai jamais, bien humblement, le sourire de certaines filles la première fois que j’ai pénétrée dans le vestiaire, confie Sauvageau. Ça m’a vraiment marquée. Avant même qu’on me présente, certaines d’entre elles souriaient déjà et c’était touchant. Je pense que c’est un échange de privilèges que de pouvoir travailler avec ces femmes qui donnent de leur temps et de leur amour au hockey. J’ai toujours dit que j’étais impliquée dans le hockey pour servir le sport, bâtir une structure et pour faire en sorte que le hockey féminin et le sport en général soient plus sains. Je vais continuer de tenter d’ouvrir des portes et j’ouvrirai certainement celle de la première femme qui sera appelée à diriger le Canadien de Montréal. »

 

Et si cette femme était Caroline Ouellette? Seul l’avenir saura nous le dire. Mais pour l’heure, la Québécoise répond aux attentes et parle déjà comme une grande entraîneuse.

 

« Je veux que les filles jouent les unes pour les autres, conclut-elle. Elles ne sont pas seulement des coéquipières, mais aussi des amies et peu importe leur rôle sur la patinoire, elles doivent être aussi fières de leur succès personnel que de celui des autres. Je veux avoir une équipe de passionnées et de travaillantes. Tout part de là. Un club de filles positives, qui amènent une énergie positive, te permettra toujours d’avancer et de rebondir lorsque ça ira moins bien. »

 

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