Julien BriseBois: un architecte québécois à la tête du Lightning

 

Difficile de trouver plus humble et terre-à-terre que Julien BriseBois. Des traits qui sont plutôt dignes de mention pour quelqu’un dont le cheminement est fascinant, dont la personnalité est attachante et dont le curriculum vitae déborde déjà de faits d’armes pour un jeune directeur général de 42 ans. Entretien avec quelqu’un qui n’était pas prédestiné à travailler dans la Ligue nationale et qui est maintenant à la tête de la puissante machine du Lightning. 

 

Simon Bédard | Hockey Le Magazine

Rédacteur en chef  

 

La date limite des échanges de la Ligue nationale vient de se conclure lorsque Julien BriseBois accepte de s’entretenir avec Hockey Le Magazine. Les demandes d’entrevues sont nombreuses, mais en l’homme accessible qu’il est, il prend le temps de répondre à chacune d’entre elles.  

 

« J’ai grandi à Greenfield Park et mes parents y demeurent toujours, confie-t-il à l’autre bout du fil. J’ai surtout joué au baseball lorsque j’étais plus jeune. J’étais un grand passionné de ce sport. J’ai été à l’école secondaire Édouard-Montpetit dans le programme sports-études baseball. J’ai beaucoup de bons souvenirs rattachés à ce sport-là dans ma jeunesse, que ce soit à collectionner des cartes, à aller à des matchs des Expos ou à Cooperstown au Temple de la renommée, ou même à jouer des matchs dans des ligues organisées ou avec mes chums au parc. »  

 

On aura vite compris que le principal champ d’intérêt de BriseBois, contrairement à la plupart des jeunes de son âge, c’était la balle et non le hockey. Une discipline dont il raffolait et qu’il rêvait de pratiquer plus tard.  

 

« Plus jeune, le baseball, c’était mon rêve, admet-il. J’aurais voulu jouer plus tard. C’était le but ultime pour moi. À partir de l’âge de dix ans, je m’étais dit que si je ne jouais pas au baseball, j’allais devenir avocat. Je ne sais pas d’où cette idée provenait, puisque personne n’exerçait ce métier dans ma famille. Éventuellement, je me suis rendu compte que je ne gagnerais pas ma vie à jouer au baseball, alors j’ai commencé à me concentrer davantage sur mes études pour devenir avocat. »  

 

Le jeune Julien était alors bien loin de s’imaginer que dans une dizaine d’années, c’est dans le monde du hockey, un sport qu’il affectionnait, mais sans plus, qu’il allait prendre son véritable envol.  

 

« Très jeune, je jouais dans la rue avec mes amis et j’ai pas mal toujours suivi le hockey, mais ma passion, c’était le baseball, se souvient le Québécois. Il y avait un grand écart entre mon intérêt pour le baseball et le hockey. C’est drôle parce qu’encore aujourd’hui, j’aime les deux sports, mais je trouve que le hockey cadre plus avec ma personnalité. L’été, lorsque je suis au Québec, je joue avec des chums dans des ligues de garage. Lorsque je suis en Floride, on essaie le plus souvent possible d’organiser des parties avec les employés du Lightning au Amalie Arena. »  

 

Être à la bonne place au bon moment

Bien installé dans ses quartiers du Amalie Arena, à Tampa, Julien BriseBois n’en démord toujours pas : s’il a fini par travailler dans le monde du sport et devenir DG d’un club de la Ligue nationale, c’est simplement parce qu’il a été chanceux et qu’il s’est retrouvé à la bonne place au bon moment.

 

« Vers l’âge de 21 ans, je me suis retrouvé à faire un stage à un bureau d’avocat de Québec, qui était un grand cabinet pancanadien, se souvient celui qui a étudié en droit. Marcel Aubut était l’un des directeurs associés du bureau de Québec et avec un autre ancien associé, Daniel Dumais, ils voulaient partir une pratique de droit du sport. Ils recherchaient un jeune avocat bilingue, qui connaissait le monde du sport, pour les aider à lancer ce département-là. C’est un peu par hasard si je me suis retrouvé à travailler avec eux et à dénicher des mandats en droit du sport. »  

 

Parmi ses nombreux clients, on y retrouvait quelques membres de l’organisation du Canadien, qui ont vraisemblablement été impressionnés par ses compétences pour son jeune âge. Il n’en fallait pas plus pour qu’ils s’informent de sa disponibilité auprès du bureau d’avocat.  

 

« À l’automne 2000, le Canadien a procédé à un changement de directeur général et André Savard a été promu à ce poste, se remémore BriseBois. André avait pas mal fait tout ce qu’il avait à faire dans la Ligue nationale, mais il n’avait pas nécessairement touché à l’administration et il cherchait quelqu’un pour l’épauler. Au départ, le plan était que le CH me loue pour une période de six mois et qu’il paie le cabinet pour mes heures. Ça donnait aussi à André le temps nécessaire pour rencontrer certains candidats au poste de DG adjoint. Au bout du processus, on m’a dit que la personne qui correspondait le plus aux critères recherchés, c’était moi. C’est ainsi que je me suis retrouvé à travailler pour le Canadien de façon permanente en août 2001. »  

 

Même s’il n’était pas le plus grand amateur de hockey au cours de sa jeunesse, BriseBois reconnaît qu’il était parfois impressionnant, pour un jeune homme de son âge, d’avoir son propre bureau dans l’amphithéâtre du Tricolore.  

 

« C’est certain que je me considérais très chanceux, mais au quotidien, tu ne penses pas à ça, dit-il. Mais je me rappelle de la première fois où je suis allé au Centre Molson pour rencontrer Réjean Houle dans son bureau pour éplucher différents dossiers. Je m’étais dit ‘Hey, je suis dans les coulisses du Canadien de Montréal! Mon travail pourrait être pire que ça !’ Je me considérais chanceux, mais au quotidien, même si on devrait, on ne prend pas le temps d’être reconnaissant et d’apprécier la chance qu’on a dans la vie. »  

 

Aujourd’hui, le principal intéressé apprécie l’opportunité qu’il a eu d’apprendre d’une aussi grande organisation que celle du Canadien. Il se souvient notamment de Savard, qui lui a permis d’apprendre et d’emmagasiner un bon bagage d’expérience, mais surtout de Bob Gainey, qui lui a vraiment fait gagner du galon dans le milieu.  

 

« En 2003, quand Bob est venu remplacer André comme DG, il m’a confié vraiment beaucoup de responsabilités, reconnaît-il. Il m’a fait confiance, à un point tel qu’en 2007, il m’a légué la direction du club-école dans la Ligue américaine. J’ai pu devenir DG, embaucher des entraîneurs et du personnel, travailler avec des coachs et des joueurs, bâtir une équipe, etc. C’est à partir de là que j’ai vraiment commencé à prendre de l’expérience et à me dire que j’étais peut-être fait pour faire ça dans la vie. »  

 

Expect the unexpected’, dit-on? 

 

L’homme de Steve Yzerman

Julien BriseBois avait vu juste. Il était vraiment fait pour devenir, un jour, directeur général dans la Ligue nationale. Après plusieurs saisons à s’occuper, entre autres, du club-école du Lightning, dans la Ligue américaine, Steve Yzerman lui a cédé sa place avec le grand club, en septembre dernier.

 

« Je ne l’avais aucunement vu venir, se rappelle-t-il. Je suis littéralement tombé en bas de ma chaise lorsqu’il m’a parlé de cette possibilité, au début de l’été. Je savais à quel point ç’avait été difficile pour lui de bâtir notre programme de hockey, qu’on avait connu des années de vache maigre et là, alors qu’on s’apprêtait à accomplir de grandes choses, il voulait quitter ? Mais lorsqu’il a commencé à m’expliquer le pourquoi du comment, j’ai compris que sa réalité était un peu différente de la mienne. En cours de route, sa famille avait décidé de ne pas le suivre à Tampa, alors que c’était le plan initial. Il se retrouvait continuellement en transit entre Detroit et Tampa, ce qui est très demandant sur le corps. Le Lightning lui avait offert une prolongation de contrat de cinq ans, mais était-il encore prêt à en faire autant pendant tout ce temps ? »  

 

De nature humble et modeste, BriseBois ne soulèvera jamais le point par lui-même, mais il y a fort à parier qu’Yzerman savait que le Lightning serait entre bonnes mains avec le Québécois à la tête de l’organisation.

 

« J’ai été très chanceux de pouvoir apprendre de Steve, louange l’homme de 42 ans. Avant qu’on se joigne au Lightning, à l’été 2010, il avait passé toute sa vie à Detroit, alors que moi, j’avais passé toute ma carrière professionnelle à Montréal. On venait de deux organisations qui avaient connu, chacune à leur façon, du succès par le passé. Nos bagages d’expérience étaient vraiment complémentaires. On a formé un très bon duo car on avait des bagages d’expérience différents et complémentaires à la fois. Au fil des ans, il m’a confié beaucoup de responsabilités et lorsqu’il a décidé de quitter le navire, on avait déjà mis sur pied un programme qui était très compétitif. »  

 

Voilà que Julien BriseBois entame maintenant ses premières séries éliminatoires à titre de DG du Lightning. Plus que jamais, la barre est haute à Tampa Bay après une saison régulière de rêve. Avec toute l’expérience qu’il possède, il préfère jouer la carte de la prudence, mais on sent qu’il est fébrile.  

 

« Ce que je trouve le plus incroyable de notre groupe, cette année, c’est l’abnégation de nos joueurs, conclut-il. Le temps de glace alloué à nos joueurs, surtout à nos joueurs vedettes, est pas mal moindre que ce à quoi ils sont habitués ou que ce à quoi ils auraient droit ailleurs. Sur un calendrier de 82 matchs, ça nous permet de jouer à quatre trios et de demeurer le plus frais et dispos possible en vue de, espérons-le, un long parcours en séries. Tout le monde fait passer l’équipe en premier, le fait avec humilité, et c’est ce qui m’impressionne le plus. »  

 

Reste maintenant à voir si cet engagement collectif rapportera les dividendes escomptés ce printemps…

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