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Max Domi: là où il a toujours voulu être

 
Max Domi a toujours été habité d’un seul désir: celui de suivre les traces de son père Tie et de connaître sa propre carrière dans la Ligue nationale. Objectif qu’il avait en tête autant lorsqu’il était enfant et se retrouvait dans le vestiaire des Maple Leafs avec quelques-uns des plus grands de l’époque que lorsque son médecin lui a annoncé qu’il souffrait du diabète de type 1. Entrevue de fond avec un guerrier dans l’âme, qui est heureux plus que jamais dans l’uniforme du Canadien.

 

Simon Bédard | Hockey Le Magazine

Rédacteur en chef

 

La vie peut parfois être ironique. Désormais l’un des favoris des partisans du
Canadien, Max Domi a été initié au hockey dans l’environnement de l’un des plus grands rivaux du Tricolore, celui des Maple Leafs. Récemment rencontré au Complexe sportif Bell de Brossard, il se rappelle de ces heureux moments comme si c’était hier.

 

«Je pensais que je faisais partie de l’équipe, pour être honnête, rigole-t-il lors de sa rencontre avec Hockey Le Magazine. Dans ma tête d’enfant, c’était juste normal pour moi d’aller passer du temps avec de grands joueurs comme Mats Sundin, Gary Roberts, Alexander Mogilny et Ed Belfour, par exemple. Je leur parlais comme si je faisais partie de l’équipe et je leur proposais même de venir voir mes propres matchs! Mats, qui est comme un oncle pour moi, est d’ailleurs venu me voir en quelques occasions. C’était spécial d’avoir un tel lien avec ces gars-là. J’ai appris beaucoup en les côtoyant à un si jeune âge.»

 

Vous avez bien lu. Sundin, l’un des plus grands joueurs de l’histoire des Maple Leafs, est l’oncle de Domi. Pour ce dernier, il est comme un membre de la famille à part entière. Même qu’il est venu voir l’une de ses parties au Centre Bell en début de saison. Le numéro 13, il l’arbore en son honneur.

 

«Je trouvais que le numéro 28 était le pire au monde, dit-il en souriant. C’était celui de mon père et je ne voulais pas être comme lui. Je voulais être meilleur! Pourquoi ne pas opter pour le numéro de l’un des meilleurs de l’histoire des Leafs et de la Ligue nationale? Je regardais Mats jouer et je voulais être comme lui plus tard. Il y a beaucoup de choses que j’admire chez mon père, mais Mats était mon idole. Il m’a vu me développer comme être humain et comme hockeyeur. D’avoir un père qui me dit les vraies affaires, puis un second père comme Mats qui me souligne mes bons et mes moins bons coups, ça me garde humble et ça me motive à toujours m’améliorer.»

 

De l’humilité, Domi en démontre beaucoup lorsque vient le temps de discuter de sa mère, Leanne, et de ses deux sœurs, Carlin et Avery. Encore aujourd’hui, alors qu’il gagne maintenant sa vie dans le prestigieux uniforme tricolore, il n’oublie pas les liens étroits qu’ils ont sû tisser ensemble en l’absence fréquente de Tie.

 

«C’était bien d’avoir une pause de mon père à l’occasion, mentionne-t-il, sourire en coin. J’étais très près de ma mère et de mes sœurs parce qu’elles étaient toujours là. On est une famille très unie. On est passé à travers beaucoup de choses tout le monde ensemble. Ma sœur aînée faisait de l’équitation et la plus jeune jouait au volley-ball. On avait chacun notre passion. Ma mère mérite tout le crédit du monde avec mon père qui était souvent sur la route pour jouer au hockey. Elle devait non seulement s’occuper des enfants, mais aussi gérer tous nos horaires et nos déplacements. Elle est une femme formidable, le pilier de notre famille, et elle a rendu tout ça possible pour nous.»

 

Surtout que le jeune Max dont elle devait s’occuper au quotidien était identique à celui qu’on voit maintenant sur la patinoire du Centre Bell. Un jeune homme énergique, déterminé, pour qui les demi-mesures n’existaient pas.

 

«La Ligue nationale, c’était mon seul rêve, mentionne le natif de Winnipeg. Rien d’autre ne m’importait. J’étais un enfant à la fois mature et compétitif. Dès un très jeune âge, je voulais jouer dans la LNH et gagner la coupe Stanley. Je voyais mon père pratiquer le sport que j’adorais et je voulais être comme lui. C’est un peu ironique lorsqu’on y pense. Il représentait les Maple Leafs et maintenant, je peux suivre ses pas, mais en tant que membre des Habs et d’une ville géniale comme Montréal. Ça me permet, en quelque sorte, de sortir de l’ombre de mon père et de faire ma propre place ici. C’est spécial et je sais que mon père est fier de moi!»

 

Sa bataille contre le diabète de type 1

Si, du haut de ses 5 pi 10 po et 193 lb, Max Domi fait encore ses 23 ans physiquement, sur le plan psychologique, on a affaire à un jeune homme mature et discipliné. Un trait de sa personnalité qu’il doit en grande partie à son combat quotidien, le diabète de type 1.

 

« Je ne connaissais rien du diabète de type 1, qui est l’un des types les plus complexes, lorsque j’ai appris la nouvelle, se souvient Domi. La première question que j’ai posée en tant qu’enfant qui voulait seulement jouer dans la Ligue nationale et remporter la coupe Stanley, c’est ‘Est-ce que je pourrai encore jouer au hockey ?’ Le médecin m’a regardé en riant et m’a dit que oui. Dès lors, j’étais prêt à quitter son bureau, mais il m’a dit que ce n’était pas aussi simple que ça, qu’il allait y avoir toutes sortes de choses auxquelles j’allais devoir m’attarder à présent. »

 

Après quelques recherches sur Internet, le principal intéressé s’est rendu compte de l’importance de sa maladie. C’est à ce moment qu’il en a appris davantage sur une ancienne gloire des Flyers, Bobby Clarke, qui a disputé toute sa carrière dans la Ligue nationale avec le diabète de type 1.

 

«J’ai découvert l’histoire de M. Clarke et j’ai décidé de changer mon numéro pour le 16 en son honneur, confie-t-il. J’ai même eu la chance de le rencontrer à un certain moment et ç’a été très spécial pour moi. Qu’il ait pu connaître pareille carrière sans toutes les avancées technologiques et scientifiques dont profitent les diabétiques aujourd’hui, c’est vraiment impressionnant.»

 

À l’époque, Domi admet qu’il ne s’en faisait pas trop avec les restrictions liées à sa maladie. Pour lui, l’important, c’était de simplement pouvoir jouer au hockey. Aujourd’hui, avec plus de maturité et de vécu, il dit percevoir le tout différemment. 

 

«Je ne peux pas me permettre de prendre une seule seconde ou journée de congé, convient le numéro 13. Je dois être assidu pour être en forme pour les entraînements et pour les matchs, et parvenir à suivre le reste de l’équipe. Ce sont des choses que bien des gens de mon âge n’ont pas à gérer au quotidien, mais qui m’aident à devenir un meilleur professionnel. Chaque fois que je quitte la maison, j’ai une liste de choses à apporter comme mon insuline, mon appareil, les bandelettes, des aliments riches en sucre ou en glucose, etc. Je suis aussi céliaque, donc je dois prévoir des collations sans gluten. Il y a plusieurs choses qui s’intègrent à ma routine quotidienne, mais comme dans tout, ça devient un automatisme. Je dois m’attarder aux côtés positifs des choses et être un exemple à suivre pour tous ces enfants qui vivent la même chose que moi. Peu importe ce qu’ils veulent faire dans la vie, ils peuvent y parvenir. Il suffit d’y croire et de faire le nécessaire.»

 

Pour l’aider dans ce défi quotidien, Domi s’est vu offrir un chien d’assistance pour diabétique du nom d’Orion, qu’il qualifie de meilleur ami. Dans les bons comme dans les moins bons moments, cette petite bête est présente pour le soutenir.

 

«J’ai dû me munir d’un coffre d’outils pour être prêt à faire face à toutes éventualités et le chien fait partie de ce coffre, explique-t-il. Si mon taux de sucre devient trop bas, il me réveille en pleine nuit pour m’avertir! Il est là pour moi et en plus, à la base, j’adore les chiens. C’est mon meilleur ami au monde! Lorsque ça va moins bien, je passe du temps avec lui et je deviens plus joyeux. Ça va au-delà de l’aide qu’il m’apporte pour mon diabète. C’était quelque chose d’important pour moi et qu’il puisse m’alerter lorsque mon taux de sucre est en chute, c’est la cerise sur le sundae.»

 

Incapable d’arrêter de sourire

Si le Canadien se retrouvait en bonne position pour surprendre la planète hockey et accéder aux séries éliminatoires à la pause du Match des étoiles, le rendement de Max Domi en était l’une des principales raisons. Dès son arrivée dans la métropole, en septembre dernier, il s’est senti comme chez lui et les amateurs montréalais l’ont rapidement adopté. 

 

« C’était incroyable et très émotif, dit-il quant au moment où il a revêtit l’uniforme du CH pour la première fois. Je ne pouvais pas arrêter de sourire. J’ai toujours voulu jouer pour une équipe Original Six, dans une ville et devant une foule qui veut nous voir gagner autant que nous à l’intérieur du vestiaire. On a un groupe de fans incomparable non seulement au hockey, mais aussi dans le sport en général. On veut tout donner sur la patinoire pour leur offrir le plus de victoires possible et qu’ils soient fiers de cette équipe. Ils nous supportent en grand nombre et on veut leur rendre tout cet amour. »

 

De plus en plus, Max Domi ressent de l’effervescence dans sa ville d’adoption. Le Canadien surprend agréablement ses partisans et plusieurs d’entre eux commencent à rêver, tranquillement, à une place en séries. Pas les joueurs, toutefois, pour qui il est encore trop tôt pour se laisser emporter.

 

« On essaie de garder les deux pieds sur terre et conserver cette sorte de bulle autour du vestiaire, conclut-il. C’est ce qu’il faut faire si on veut continuer à avoir du succès. Il ne faut pas trop écouter ce qui se raconte à l’extérieur de la chambre. En ce moment, ça va bien, mais le vent peut rapidement tourner et ça pourrait devenir une distraction pour nous. On reste unis dans le vestiaire, on fait notre petite affaire et on se concentre sur le travail qui nous attend à l’aréna pour nous améliorer en tant qu’équipe. On est dans une bonne position en vue des séries et une fois qu’elles commencent, tous les espoirs sont permis, mais on ne doit pas s’arrêter là. Pour le moment, on prend ça un match à la fois. »

 

Une recette qui sourit plutôt bien aux joueurs du Canadien depuis le début de la saison.

 

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