WataTatar!

 
Tomas Tatar est heureux comme un poisson dans l’eau à Montréal. Il apprécie la chance qu’il a d’évoluer pour le Canadien, une équipe Original Six dont il suivait les activités à distance durant son enfance, mais aussi d’habiter dans une ville qui lui fait drôlement penser à sa Slovaquie natale. Entrevue exclusive avec un attaquant enjoué et passionné, qui en met plein la vue aux amateurs jusqu’ici.

 

Simon Bédard | Hockey Le Magazine

Rédacteur en chef

 

Le Tomas Tatar que l’on voit sur la patinoire du Centre Bell depuis le début de la saison n’a guère changé au gré des années. Ce joueur qui dégage autant d’enthousiasme et d’énergie sur la patinoire, c’est le même qui a effectué ses premiers coups de patin depuis la ville d’Ilava, en Slovaquie, il y a une vingtaine d’années.

 

« J’étais un enfant énergique, raconte-t-il à Hockey Le Magazine après un entraînement au Complexe sportif Bell de Brossard. Mon enfance a été très simple. On était beaucoup d’enfants du quartier qui jouaient au hockey dans la rue en revenant de l’école. J’avais hâte de rentrer à la maison, d’enfiler des vêtements de sport et d’aller jouer au hockey dehors. Je le faisais à tous les jours, à raison de trois à quatre heures quotidiennement. La seule façon de me faire rentrer à la maison, c’était de crier mon nom par la fenêtre. »

 

C’était un peu devenu la routine pour ses parents, Jan et Maria, qui ont dû élever trois garçons mordus de hockey. C’est d’ailleurs en voulant imiter ses grands frères, Tibor et Marek, que le jeune homme s’est mis à rêver à la Ligue nationale.

 

« Mon père était somme toute sévère, affirme le numéro 90. Pour lui, la discipline, c’était important. Ils travaillaient tous les deux et ce n’était pas toujours facile de revenir à la maison, en soirée, afin d’élever trois gars. Ma mère souhaitait avoir une fille pour conclure la famille, mais voilà que je suis arrivé et qu’elle a eu un autre fils.

 

Mes deux frères sont beaucoup plus âgés que moi, enchaîne-t-il. J’ai 16 et 13 ans d’écart avec eux. Ils jouaient au hockey professionnel en Europe lorsque j’étais petit et j’avais l’occasion d’aller voir leurs parties de temps en temps. Tout l’aréna scandait leur nom! C’était très impressionnant pour un enfant comme moi. Je voulais vraiment devenir comme eux. »

 

Plus il vieillit, plus Tatar est habité par ce profond désir de suivre les traces de ses frères et de faire carrière dans le hockey professionnel. Plus particulièrement dans la Ligue nationale, circuit dans lequel évoluent ses idoles Pavel Bure et Steve Yzerman.

 

« La Ligue nationale, c’était mon rêve, admet le Slovaque qui aura 28 ans le 1er décembre prochain. Comme tous les enfants, tu rêves de devenir l’un de ces joueurs. J’aimais regarder mes idoles Bure et Yzerman jouer et je souhaitais devenir comme eux. Lorsque tu es un enfant, tout te semble possible et tous les rêves sont permis.

 

C’était quand même difficile pour moi de regarder les parties de la Ligue nationale, mais un moment donné, en Slovaquie, on a commencé à diffuser certains matchs, ajoute-t-il. J’ai eu la chance de regarder quelques rencontres du Canadien et des Red Wings, car on diffusait beaucoup de parties des équipes Original Six. Il n’y en avait pas à tous les jours, mais de temps en temps. L’un de mes frères jouait dans la Ligue junior de l’Alberta et il m’apportait des enregistrements de Don Cherry ainsi que des faits saillants. »

 

Reconnaissant envers les Red Wings

Comme quoi on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve, ce sont ces mêmes Red Wings dont il regardait parfois les parties depuis le domicile familial, en Slovaquie, qui l’ont sélectionné en deuxième ronde (30e au total) du repêchage de 2009, qui avait lieu, cette année-là, au Centre Bell.

 

« C’était une expérience incroyable que d’être repêché par Detroit au Centre Bell, se souvient Tatar. J’étais très excité. C’est toujours spécial d’être repêché par une organisation comme celle de Detroit, avec un passé très riche. Ça m’a pris un certain temps avant de saisir ma chance et de m’établir là-bas à temps plein, mais c’est comme ça que les Red Wings fonctionnaient à l’époque. Ils avaient une puissante équipe, donc ils laissaient leurs jeunes se développer avec le club-école de Grand Rapids dans la Ligue américaine. J’ai apprécié les années passées à Detroit et ce sera toujours une équipe spéciale pour moi. »

 

Tatar ne pouvait si bien dire. S’il savoure maintenant chacun des moments passés dans la Ligue nationale, c’est parce qu’il a dû prendre son mal en patience dans la Ligue américaine, à Grand Rapids, avant de faire le grand saut. L’attente aura été longue, mais elle en aura valu la chandelle, jure-t-il.

 

« C’était difficile de devoir attendre si longtemps, mais pour moi, c’est comme ça que ça devait se passer, mentionne celui qui aura pris part à 289 matchs dans la AHL, séries éliminatoires incluses. Je devais trouver une façon d’impressionner l’organisation afin d’avoir la chance de jouer dans la Ligue nationale à temps plein. J’ai eu la l’opportunité de gagner la coupe Calder avec les Griffins, mais ma patience a été mise à rude épreuve. Aujourd’hui, je crois que ça m’a permis de me développer de la bonne façon. J’apprécie davantage la chance que j’ai de pouvoir jouer dans ce circuit-là. »

 

Ce n’était peut-être pas son idole de jeunesse Steve Yzerman, mais avec les Red Wings, Tatar a pu apprendre de deux autres grands attaquants de l’histoire de la Ligue nationale, soit Pavel Datsyuk et Henrik Zetterberg. Il est bien conscient de la chance qu’il a eue.

 

« Pavel et Henrik étaient des leaders incroyables, vante-t-il. Ils m’ont beaucoup aidé sur la patinoire, mais aussi à l’extérieur de celle-ci. C’était une chance unique pour un jeune hockeyeur comme moi. J’ai eu beaucoup de chance de me retrouver dans un vestiaire pareil et j’en suis reconnaissant aujourd’hui. »

 

La première de deux transactions en quelques mois

Après quelque six saisons complètes avec les Red Wings, Tatar a dû plier bagage pour la première fois de sa carrière lors de la date limite des transactions, l’hiver dernier. Il  passait soudainement d’un club reposant dans les bas-fonds de son association à un autre, les Golden Knights, qui aspirait à de grandes choses.

 

« C’était un peu étrange, se souvient celui qui a été acquis contre un choix de premier [2018], de deuxième [2019] et de troisième tour [2020] au repêchage. C’était quelque chose de nouveau et j’ai dû m’adapter. J’avais l’occasion de rejoindre une organisation qui allait batailler pour la coupe Stanley. On a joué du bon hockey. On était sur une belle lancée et c’était génial de faire partie de ça. Je ne crois pas que personne ne s’attendait à ce qu’on se rende aussi loin. On n’était qu’à un petit pas de remporter la coupe. Je garde d’excellents souvenirs de mon court passage avec les Knights. »

 

Tatar savoure chaque instant à Montréal

Lors de sa rencontre avec HLM, dans l’antichambre menant au vestiaire du Canadien à Brossard, Tatar était décontracté. Il avait le sourire facile. Il a beau connaître un début de saison au-delà des attentes, c’est surtout l’opportunité de se retrouver avec une organisation si prestigieuse qui l’enchante plus que tout.

 

« En grandissant, j’ai eu la chance de regarder quelques matchs du Canadien à la télévision et d’avoir l’occasion de revêtir ce chandail et de jouer devant de tels fans, c’est juste fou, sourit-il. Mon premier match au Centre Bell dans l’uniforme du CH était spécial et j’ai profité de chaque instant. À vrai dire, chaque fois que je venais à Montréal, même en temps qu’adversaire, je savais que c’était particulier ici. C’était un bel amphithéâtre où jouer, même si c’était difficile d’aller chercher les deux points à l’enjeu. Je suis heureux de me retrouver du bon côté de la patinoire, maintenant. »

 

Idem pour les partisans du club, qui ont rapidement adopté Tuna, comme ils l’appellent si bien. S’ils ne s’attendaient pas nécessairement à un tel rendement de sa part lors de l’annonce de l’échange envoyant Max Pacioretty à Vegas, force est d’admettre que l’attaque montréalaise ne serait pas aussi diversifiée sans sa contribution offensive.

 

« Je ne sais pas trop ce qu’on disait à propos de moi lorsque je suis arrivé ici, mais je savais que je pouvais produire de la sorte, mentionne celui qui, en date du 19 novembre, reposait au deuxième rang des marqueurs des siens, avec 17 points (9-8) en 20 affrontements. Ce n’est pas facile de jouer dans cette ligue et il y a des hauts et des bas, mais il faut travailler fort et faire tout en notre possible pour aider l’équipe à gagner. Gallagher [Brendan], Danault [Phillip] et moi avons développé une belle chimie et nous avons du succès ensemble, mais il faut signer plus de victoires afin de demeurer dans la course pour une place en séries. »

 

L’histoire d’amour entre le numéro 90 et les partisans du Canadien est bel et bien amorcée et la bonne nouvelle, c’est que le principal intéressé apprécie tout de Montréal jusqu’ici. Autant la ville, qui lui rappelle l’Europe, que la culture québécoise, sur laquelle il aimerait en apprendre davantage.

« Je respecte le fait que les gens d’ici parlent français, conclut celui qui prend déjà le temps d’écrire quelques phrases dans la langue de Molière sur son compte Instagram. Il est important pour moi de rejoindre les gens d’ici. Je veux apprendre le français. Je suis conscient que ce n’est pas facile et que ça risque de me prendre un peu de temps pour y parvenir, mais c’est une belle langue et je veux maîtriser quelques bribes. Après tout, lorsque je suis arrivé en Amérique, je ne parlais pas anglais et regarde aujourd’hui. J’espère que j’y parviendrai et que je pourrai mieux interagir avec les amateurs. »

 

Le genre d’objectif qui risque de lui valoir encore plus d’admirateurs dans la Métropole.

 

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