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Xavier Ouellet: l’étoffe d’un capitaine

Xavier Ouellet (Getty)
 

Xavier Ouellet se pointe le bout du museau dans le vestiaire du Rocket de Laval, à la Place Bell, peu après une séance d’entraînement de l’équipe. Vêtu d’une casquette et d’un coton ouaté aux couleurs du Rocket, il prend le temps d’échanger, bien calmement, avec d’autres représentants des médias avant de venir à la rencontre de Hockey Le Magazine, avec qui il a rendez-vous. Rencontre avec Xavier Ouellet, un jeune homme taillé sur mesure pour le rôle de capitaine.

 

Simon Bédard | Hockey Le Magazine

Rédacteur en chef

 

Difficile d’imaginer que Xavier Ouellet n’est âgé que de 25 ans. Tout au long de notre entretien, il répond aux questions avec aisance. Ses propos sont remplis de sagesse et de maturité. Il sait clairement où il s’en va, mais n’oublie surtout pas d’où il vient. Son enfance quelque peu différente des autres de son âge l’a certes aidé à forger ce trait de sa personnalité.

 

« Je me suis promené beaucoup lorsque j’étais plus jeune, confie celui qui est considéré comme un Québécois même s’il est né en France. J’ai vécu en France et en Allemagne, entre autres. Je me souviens principalement de mes deux dernières années en France, mais surtout de l’Allemagne. J’avais entre six et neuf ans et je conserve de bons souvenirs de ces années-là. »

 

Ces bons souvenirs, ce sont principalement ces moments passés à l’aréna afin d’encourager son père, Robert, qui a évolué chez les professionnels entre 1993 et 2001. Dès qu’il est tombé dans la marmite du hockey, il n’en est jamais ressorti.

 

« C’est certain que ç’a développé ma passion pour le sport et pour le hockey, mentionne Ouellet. Quand j’étais jeune, j’allais à pratiquement chacun de ses matchs. J’adorais être à l’aréna et c’est toujours le cas aujourd’hui. J’ai grandi avec cette passion-là et avec le désir d’aller à l’aréna, de m’entraîner, de jouer au hockey et de faire ce que j’aime. La carrière de mon père a sans doute mis un peu d’huile sur le feu quant à ma passion pour le hockey. »

 

Une passion qui n’a jamais été amplifiée par Robert, jure-t-il. S’il a commencé, lentement mais sûrement, à vouloir en faire une éventuelle carrière, c’est parce qu’il adorait vraiment ce sport, point final.

 

« Mon père m’a toujours supporté, quelles que soient mes décisions, confie le numéro 43. Ça n’a pas été le genre de père à insister afin que je joue au hockey. Aujourd’hui, il y a des parents qui mettent beaucoup de pression sur leurs jeunes pour qu’ils jouent, mais ce n’était pas ça du tout dans mon cas. Il m’a toujours dit ‘Si tu veux jouer, je vais t’aider et si tu ne veux pas, tu vas encore être mon gars et je n’aurai pas de problème avec ça’. Il était plus un supporteur que quelqu’un qui me poussait et je l’ai vraiment apprécié. »

 

C’est ainsi que sans réelles attentes, Ouellet a effectué ses premiers coups de patin en France et en Allemagne. Une culture et une mentalité bien différentes de ce à quoi sont habitués les jeunes du Québec, a-t-il observé.

 

« C’était très différent d’ici, dit-il. On n’avait pas une saison en tant que telle, mais on faisait beaucoup de pratiques et de tournois. Quand je suis revenu ici, c’était très compétitif par rapport à ce que j’avais vécu là-bas. J’avais des croûtes à manger ! »

 

À preuve, jusqu’à un certain camp de sélection dans le bantam AA, il n’était pas nécessairement prédestiné à une carrière chez les pros. Il n’évoluait pas forcément dans les niveaux les plus élevés et la déception se faisait parfois ressentir. Il se souvient encore très bien de ce qu’il qualifie comme le point tournant de sa carrière.

 

« J’ai commencé à croire en mes chances d’atteindre les pros vers l’âge de 14 ans, se remémore Ouellet. Avant ça, j’évoluais dans le pee-wee A et dans le bantam CC et BB. Je n’avais jamais évolué dans les meilleurs calibres nécessairement. Cette année-là, j’avais été coupé du bantam AA et ça m’avait vraiment affecté. C’est à partir de là que j’ai commencé à réellement m’entraîner et à essayer d’en faire un peu plus que les autres. J’ai observé une progression assez rapidement et à partir de là, j’ai commencé à croire que tout était possible. »

 

À un point tel que quelques années plus tard, il allait faire sa niche jusque dans le vestiaire des Red Wings, puis du Canadien.

 

L’impact de Joël Bouchard

S’il y a une personne qui a certes eu son mot à dire dans son développement et dans la suite de sa carrière, c’est son entraîneur-chef avec le Rocket, Joël Bouchard, qu’il a connu dès l’âge de 16 ans dans les rangs juniors.

 

« On a un lien professionnel dans le sens qu’on avait déjà travaillé ensemble par le passé, mentionne celui qui a pris part à 19 matchs avec le Canadien cette saison. Il me connaît depuis que j’ai 16 ans, environ. Il connaît ma personnalité et il sait comment je suis. Il sait que je suis un joueur extrêmement compétitif, passionné et travaillant. Je pense que tout ça mis ensemble, ça lui donne confiance en moi et ça l’incite à me donner de plus grandes responsabilités. »

 

L’une des responsabilités à laquelle il fait référence, c’est le titre de capitaine du Rocket, qu’on lui a confié à la suite du départ de Byron Froese pour Lehigh Valley, en février dernier. Un geste qui a grandement touché Ouellet.

 

« J’accepte la responsabilité avec beaucoup de fierté, témoigne-t-il. Je crois que ça démontre le genre de personne que je suis et le genre de joueur et de leader que je peux être. J’ai eu des rencontres avec Joël et il m’a expliqué qu’on avait un club très jeune ici et que c’était important pour lui qu’il y ait un capitaine et un groupe de leaders établis pour leur montrer la marche à suivre. Ça ne change rien au fait que je veux retourner avec le Canadien et dans la Ligue nationale, mais je crois que c’est juste un bonus à avoir dans mon curriculum vitae de joueur. »

 

Ouellet ne s’en cache pas. Pour certains jeunes joueurs, apprivoiser le style et l’approche d’un entraîneur aussi passionné et engagé que Bouchard peut demander une certaine période d’adaptation. Après tout, il est passé par là, lui aussi, alors qu’il le dirigeait dans le junior. En bon capitaine, sa porte sera toujours ouverte au besoin.

 

« Je trouve qu’il a les mêmes philosophies, la même approche par rapport à ses joueurs que la première fois que je l’ai rencontré, se souvient-il. C’est une personne qui aime et respecte beaucoup les joueurs qu’il a sous la main. Il est extrêmement demandant, mais juste, et ça n’a pas changé. J’étais capable de bien composer avec sa personnalité parce que ça ressemble un peu à la personne que je suis et que je veux être. J’ai toujours été quelqu’un de travaillant, passionné et de fair. Ça peut demander un certain ajustement pour les joueurs qui ne sont pas habitués à ça, mais on n’a pas à se plaindre du tout. »

 

L’héritage de maman

Avant de mettre un terme à l’entretien, on prend le soin de demander à Xavier Ouellet s’il accepterait de se confier sur la perte de sa mère, emportée par la maladie en février dernier. Son ton de voix devient plus sobre et on peut y déceler un petit trémolo, mais en guerrier qu’il est, il acquiesce à notre demande.

 

« C’était une personne extrêmement travaillante, forte, très forte, décrit-il avec émotion. Elle mettait beaucoup de temps et d’énergie à aider les autres. Elle ne se plaignait jamais, jamais. Elle avait un peu une tête dure, aussi. Je crois qu’elle m’a transmis cette facette de sa personnalité. Je suis une personne orgueilleuse, qui a une tête dure et qui n’accepte pas de se faire dire non facilement. Ce sont des traits qui viennent d’elle. »

 

Sa mère aura rendu son dernier souffle en le voyant épanoui et comblé, autant dans sa vie personnelle que professionnelle. Elle aura été témoin de moments marquants de sa vie tels son mariage, la naissance de sa fillette, son premier match en carrière dans la Ligue nationale et, bien sûr, ses débuts dans l’organisation du CH.

 

« C’est vrai tout ça, mais n’empêche qu’elle est partie beaucoup, beaucoup trop tôt, déplore-t-il. Je suis le plus vieux de la famille. J’ai aussi un petit frère [Damien] et une petite sœur [Yannice]. Malheureusement, ce sont des choses qu’on ne contrôle pas. Tout ce qu’on peut contrôler, c’est d’essayer d’être la meilleure personne possible pour ceux qui nous entourent. Au moins, j’étais revenu au Québec lorsqu’elle est partie. J’ai pu être près d’elle. On a eu l’occasion, ma femme [Liz-Ann] et moi, d’amener notre fille près d’elle à plusieurs occasions au cours des dernières années. Je suis content d’avoir eu la chance de faire ça. »

 

Au cours des prochains mois, alors qu’il fera tout en son possible pour poursuivre son aventure avec l’organisation de son enfance, Xavier Ouellet aura un ange-gardien bien spécial qui veillera sur lui.

 

« J’ai encore le même rêve en tête, qui est de retourner dans la Ligue nationale, conclut le capitaine du Rocket. Je veux encore retourner en haut éventuellement et je concentre toutes mes énergies là-dessus. Je veux être un bon père pour mon enfant, un bon mari pour ma femme et le meilleur joueur possible sur la glace. Avec tout ça mis ensemble, je crois que ça va donner quelque chose de bien. »

 

L’étoffe d’un capitaine, dites-vous?

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