Hockey Le Magazine

Daniel Audette: faire son propre chemin

 
Lorsque le Canadien a jeté son dévolu sur Daniel Audette, lors de la cinquième ronde du repêchage de 2014, certains ont cru bon d’associer cette sélection au fait que son père, Donald, agissait à titre de recruteur amateur au Québec pour l’organisation. Mais pour Daniel, c’était l’occasion rêvée de démontrer son savoir-faire au sein de l’organisation de son enfance. Entrevue avec le combatif attaquant du Rocket de Laval.

 

Simon Bédard

sbedard@ovationmedias.com

@simonbedard17

 

Une dizaine d’années plus tard, Daniel Audette s’en souvient comme si c’était hier. Alors que son père Donald menait une belle carrière dans la Ligue nationale, il ne manquait pas l’occasion d’amener fiston à l’aréna lors des journées de match ou d’entraînement.

 

« Mon père était ami avec Pierre Turgeon et Daniel Marois, se souvient-il lors d’un entretien avec Hockey Le Magazine, après une séance d’entraînement du Rocket. Dominic Turgeon, qui évolue aujourd’hui dans la Ligue américaine, Nick Marois, maintenant en Europe, et moi, on était toujours ensemble lorsqu’on était jeunes. On jouait au hockey ensemble dans la rue et ç’a toujours été quelque chose qu’on aimait faire. C’était une motivation de plus de pouvoir regarder mon père jouer. J’ai grandi dans les arénas, à voir comment il se comportait à la maison, avant et après les matchs ou les entraînements. Depuis que je suis tout petit, je vis dans le monde du hockey. »

 

Avec certains avantages que d’autres jeunes de son âge n’avaient pas, comme d’avoir accès à l’antichambre d’un vestiaire de la LNH, par exemple.

 

« Je me souviens de quelques moments marquants lorsque j’étais enfant, affirme le numéro 24 du club-école du Tricolore. Quand mon père jouait pour les Trashers, j’avais embarqué sur la patinoire et j’avais fait quelques tirs de barrage sur le gardien de but. Je me souviens aussi d’être allé dans le vestiaire du Canadien et José Théodore s’y trouvait. Il était vraiment gentil avec moi. Quand j’avais quatre ans, je voulais être gardien, mais mon père ne voulait pas. Je trouvais ça vraiment cool, les goalers, avec leur gros équipement. Mais disons que je ne regrette pas d’être devenu attaquant ! »

 

C’est d’ailleurs grâce à l’ancien numéro 60 du Canadien que le jeune Audette rêvait d’enfiler les grosses jambières. De son propre aveu, Théo aura été l’une de ses premières idoles de jeunesse.

 

« Vraiment jeune, je tripais sur lui et les gardiens, mentionne-t-il en riant. J’aimais bien José, alors j’allais dans le vestiaire et il me parlait. Je trouvais ça vraiment nice. C’était l’un de mes joueurs préférés et c’était un gardien, donc ç’a commencé comme ça. Sinon, plus tard, j’aimais bien Daniel Brière. On avait le même prénom, en plus, alors je trouvais ça cool. C’était un marqueur naturel, qui, en dépit de sa petite taille, était très talentueux. J’aimais bien le voir jouer. Ensuite, lorsque Patrick Kane est arrivé dans la LNH, c’est devenu mon joueur préféré pendant un long moment. »

 

Un paternel présent

 

Jamais, assure Audette, lui et sa famille ont-ils souffert du calendrier rigoureux de la LNH. Car selon le jeune homme, Donald fait des siens une priorité à l’extérieur des cadres du hockey.

 

« Il était souvent avec nous, rectifie-t-il. Il avait beaucoup de parties, c’est certain, mais lorsqu’il partait, je le regardais à la télévision. Lorsqu’il a accroché ses patins, j’avais juste six ans, environ. Je n’ai pas vraiment souvenir des années avant ça, alors je n’ai jamais senti que mon père était absent.

 

« En même temps, ma mère a été géniale pour pallier à tout ça, poursuit l’espoir des Habs. Elle prenait bien soin de nous et on a été chanceux de l’avoir, ma soeur et moi. Elle était toujours là pour nous, mais aussi pour mon père. On sait qu’on a été chanceux. »

 

Un commentaire juste et à propos qui corrobore bien les dires d’Audette, qui estime le respect comme l’une des plus grandes valeurs qui lui ont été véhiculées.

 

« On m’a appris un tas de choses avec les années, mais surtout à être poli, croit le centre de 21 ans. Ç’a été l’une des choses les plus importantes qu’on m’ait inculquées lorsque je parlais à des gens. J’ai du respect pour tous et c’est très important, à mes yeux. »

 

Encore aujourd’hui, même si l’emploi du temps du jeune homme est condensé et que son père sillonne les arénas un peu partout au Québec, les deux Audette entretiennent une relation tissée serrée... régulièrement axée sur le hockey!

 

« C’est plus familial lorsqu’on est ensemble, mais oui, il me donne quelques conseils après les matchs, confesse-t-il, sourire en coin. Par contre, quelques minutes après, on passe à autre chose et on n’en parle plus. Mais les deux, on en mange, du hockey, alors oui, on en parle. C’est tout à fait normal d’avoir des conversations là-dessus, même si on peut parler d’autres choses aussi. »

 

À la recherche de sa propre identité

 

Depuis qu’il est jeune, mais particulièrement depuis que le Canadien l’a repêché en cinquième ronde, en 2014, on associe trop souvent les succès de Daniel à l’influence que peut exercer le paternel dans le monde du hockey. Une réalité avec laquelle il compose bien, mais qu’il se dit prêt à changer.

 

« Je n’ai jamais pensé ni accordé d’importance à ça, répond-t-il du tac au tac. Je suis fier de ce que j’ai pu accomplir dans le junior majeur, avec le Phoenix de Sherbrooke. J’avais quand même connu quelques bonnes saisons sur le plan offensif et je ne pense pas que ça ait changé quoi que ce soit qu’il travaille pour le club ou non. J’ai travaillé fort pour être repêché et je suis content que le Canadien m’ait offert cette opportunité. Je n’accorde pas à d’importance à ce qui peut se dire sur moi. »

 

Peut-être pas, mais n’empêche qu’il se fait catégorique lorsque questionné sur l’importance de créer sa propre identité, d’écrire sa propre histoire.

 

« Mon père a connu une longue et belle carrière et je suis très fier de tout ce qu’il a accompli, tout comme lui d’ailleurs, louange-t-il. Mais ce sont ses accomplissements à lui et je veux réaliser les miens. Je veux être reconnu pour ce que je fais et non être associé à lui pour ses exploits. Pas que ce soit une mauvaise chose, au contraire, mais je veux faire mon propre bout de chemin. »

 

L’attaquant du Rocket a d’ailleurs fait un pas en ce sens en connaissant une excellente saison dans la Ligue américaine, en 2016-2017, avant de faire tourner bien des têtes en étant l’une des rares révélations à l’attaque lors du plus récent camp d’entraînement du Canadien.

 

« J’essayais juste d’être prêt pour le camp et d’être le meilleur possible, analyse-t-il, modestement. Chaque fois que je sautais sur la glace, je voulais qu’on remarque une progression et une amélioration dans mon jeu. C’est le message que je souhaitais passer à l’organisation. Mon but, c’est de m’améliorer d’année en année, en espérant que ça rapporte dans le futur. »

 

Ça rapporte déjà, aux yeux de certains, alors qu’on commence, lentement mais sûrement, à tracer un certain parallèle entre lui et un certain Brendan Gallagher. Une comparaison qui le fait bien rigoler, mais sans plus!

 

« C’est drôle, car on a la même date d’anniversaire, on a été repêché lors de la même ronde [l’un en 2010, l’autre en 2014] et on a pas mal le même gabarit, énumère-t-il, étonné. On est semblable sur certains aspects, alors c’est le fun. C’est tout un joueur de hockey, alors d’être comparé à lui, ça me plaît bien. »

 

Reste à voir si son ascension vers la Ligue nationale sera aussi rapide, Gallagher n’ayant eu besoin que de 36 matchs dans la AHL avant de faire le saut avec les Glorieux, en janvier 2013.

 

Pas besoin de motivation pour aller au boulot

 

« C’est incroyable jusqu’à présent. On a eu des foules incroyables et j’estime qu’on a une très bonne équipe, avec un bon coaching staff, un superbe amphithéâtre et une belle ville en Laval. Être près de ma famille et de mes amis, ça rend le tout encore plus plaisant et c’est motivant. Ça donne le goût d’aller à l’aréna chaque jour, disons. »

 

Non, Daniel Audette ne tarit pas d’éloges envers l’organisation du Rocket, avec laquelle il avait amassé, en date du 20 novembre, 10 points (5-5) en 18 rencontres. Une toute nouvelle réalité si l’on compare avec St. John’s, à Terre-Neuve, où il évoluait pour les IceCaps l’an passé.

 

« On est connu un peu partout, maintenant, compare-t-il. À Montréal, tout le monde connaît ça, le hockey, alors les fans reconnaissent autant les joueurs actuels que les espoirs dans la rue. Ça vient avec la responsabilité d’être un bon modèle dans la vie de tous les jours, mais c’est le fun, comme responsabilité. Ça prouve que les gens connaissent leur hockey et j’ai tellement appris de choses, jusqu’ici, par le simple fait d’appartenir au Canadien. Ça m’aide au quotidien, il n’y a aucun doute. »

 

Si Audette revient maintenant dans les discussions lorsqu’il est question des espoirs de l’organisation, à moyen et long termes, c’est notamment en raison de sa discipline à l’extérieur de la Place Bell. D’ailleurs, chaque été, il se soumet à un programme d’entraînement vigoureux, qui comprend entre autres cinq sessions de gymnase par semaine et de deux à trois sur la patinoire.

 

« Chaque année, chaque été, je veux simplement améliorer ma condition physique et devenir de plus en plus fort physiquement, explique-t-il. C’est mon objectif après chaque saison. Je veux toujours arriver au camp plus fort que lors de la saison précédente et continuer à peaufiner mes habiletés. Avant d’arriver au camp du CH, je voulais me renforcir physiquement et canaliser la plupart de mes énergies sur ma vitesse. »

 

Ce qui l’a d’ailleurs aidé à connaître un début de saison plus qu’acceptable avec la troupe de Sylvain Lefebvre, quoi que, en bon joueur d’équipe, il préfère s’attarder aux résultats collectifs du Rocket plutôt qu’à ses chiffres personnels.

 

« Je suis content de mon début dans l’ensemble, conclut-il. J’ai connu quelques matchs corrects, d’autres où j’ai mieux joué. Comme à chaque saison, il y a eu des hauts et des bas jusqu’ici, mais l’important, c’est de continuer à signer des victoires. On a échappé certains matchs qu’on n’aurait pas dû, alors on doit se concentrer là-dessus. »

 

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