Samuel Blais: chacun à son rythme

 

Au lendemain de son premier match en carrière dans la Ligue nationale, le 14 octobre dernier, la vidéo publiée sur les réseaux sociaux est devenue virale. On y voyait, en une soixantaine de secondes, un résumé du premier rappel en carrière de Samuel Blais par les Blues de St. Louis. Un p’tit gars de Montmagny au talent indéniable, mais au développement un peu tardif. Entrevue avec un Québécois qui a déjà failli faire une croix sur la LNH pour aller évoluer dans le midget BB.

 

Simon Bédard

sbedard@ovationmedias.com

@simonbedard17

 

Quelques semaines plus tard, Samuel Blais flottait encore sur un nuage. En plein déménagement dans son nouvel appartement de San Antonio, où il évoluait dans la Ligue américaine, il peinait à croire ce qu’il venait de vivre au cours des dernières semaines.

 

« On m’a rappelé après un match de la AHL à Bakersfield, confie-t-il à l’autre bout du fil. C’était l’un des plus beaux jours de ma vie. Ç’a été vite un peu, mais j’ai eu le temps de penser à tous les sacrifices que mes parents avaient fait et aux personnes qui me supportaient depuis que j’étais tout petit. Je les remercie, car sans eux, je ne serais pas rendu là aujourd’hui. Sur la vidéo, disons que j’étais un peu perdu. Je me disais ‘Ça y est, je vais jouer mon premier match en carrière dans la LNH!’ Je n’oublierai jamais ce moment, c’est certain. C’est encore un peu spécial. Mon rêve vient tout juste de se réaliser, alors je suis encore sur un nuage, mais tout revient à la normale tranquillement pas vite. »

 

Au moment de mettre sous presse, Blais n’avais toujours pas été rappelé par les Blues, avec qui il a fait sensation lors du plus récent camp d’entraînement. Il avait donc disputé ses quatre premiers matchs en carrière dans la grande ligue entre le 14 et le 21 octobre. 

 

Ce qu’il y a de fascinant, toutefois, c’est qu’il en soit déjà rendu là, à l’âge de 21 ans, après avoir fait face à toutes sortes d’obstacles vers la fin de son hockey mineur.

 

« Samuel a eu une croissance tardive, explique Jean-François Brunelle, qui est son préparateur physique durant l’été et son ancien entraîneur vers l’âge de neuf ans. Il est seulement en train de finir sa deuxième poussée de croissance. Il n’a jamais perdu son intelligence au jeu, mais c’est une game où la vitesse est importante et tant que tu n’as pas eu cette poussée de croissance, tu ne peux pas l’exploiter au maximum. Ça explique, à mon avis, les embûches auxquelles il a fait face. Il était encore un petit garçon avec du gras de bébé, alors que la majorité des autres commençaient à se raser et avaient du poil partout sur le corps. Il tirait quand même son épingle du jeu, mais tu voyais qu’au point de vue de la vitesse, il avait besoin d’espace pour performer. Il n’y avait personne, côté talent, qui l’accotait. Je n’avais jamais vu un joueur avec de la clairvoyance comme lui. »

 

Si près du midget BB...

 

Brunelle veut que ce soit bien clair : Blais figure parmi les joueurs les plus talentueux qu’il a eu la chance de côtoyer depuis qu’il travaille dans le monde du sport.

 

« C’était un p’tit gars qui, par sa façon de percevoir le jeu, était littéralement au-dessus de tout le monde, se rappelle celui qui est à l’emploi de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). L’été, on jouait contre des gars comme Robby Fabbri [Blues] et Connor McDavid [Oilers] et il était de ce calibre-là. Il était vraiment une coche au-dessus des autres. Des fois, pendant un entraînement, on faisait des drills de deux contre un et on aurait dit que j’avais un coéquipier de mon âge à mes côtés, pas un petit gars de neuf ans. Il saisissait tout en un claquement de doigt. »

 

Le talent ne faisait aucun doute, mais la poussée de croissance, elle, se faisait attendre. Si bien qu’au niveau midget AAA, le jeune homme a été retranché à deux reprises du camp des Commandeurs de Lévis, ainsi qu’à celui du Blizzard du Séminaire St-François. Un dur coup à encaisser pour le jeune surdoué.

 

« Ç’a été vraiment difficile pour moi et je commençais à me dire que mon rêve de jouer dans la LNH était peut-être terminé, se souvient le numéro 64 des Blues. Je m’en allais dans le midget BB et ça allait probablement marquer le début de la fin pour moi. »

 

Puis entre en ligne de compte l’entraîneur-chef des Estacades de Trois-Rivières midget AAA, Frédéric Lavoie. Par pur hasard, dans un échange de courriels, il voit le nom de Samuel Blais surgir. Ça pique sa curiosité.

 

« Quand les joueurs sont retranchés, habituellement, c’est confidentiel et c’est impossible pour les autres entraîneurs de le savoir, explique Lavoie. Mais ça s’est adonné que son nom s’est retrouvé dans des courriels et on était curieux. On se souvenait de lui un peu et cette année-là, la plupart de nos 16 ans avaient causé la surprise en demeurant dans le junior majeur. On avait vraiment besoin de joueurs et on en recherchait activement. Par son passé et avec ce qu’on avait su de lui, on avait décidé de prendre une chance avec lui. Il est venu ici et dès son arrivée au camp, il avait déjà un impact offensif au sein de notre groupe.

 

« Je ne blâme pas les autres équipes, car à l’époque, Sam n’avait pas le même size qu’aujourd’hui [6 pi 2 po et 205 lb], poursuit le coach des Estacades. Il était plus petit et ne possédait pas un coup de patin exceptionnel. Il devait travailler là-dessus, entre autres, et une formation qui possédait beaucoup de profondeur dans son réseau pouvait se permettre de lever le nez sur lui au profit d’un joueur à l’impact plus immédiat. Dans notre situation, on savait que c’était un jeune avec énormément de talent et on ne pouvait pas passer à côté. On savait que ça finirait par nous donner un méchant coup de main offensivement. »

 

Quelques années plus tard, Blais reconnaît que sans Lavoie et les Estacades, sa carrière aurait pris une tournure bien différente.

 

« Ce sont les Estacades qui m’ont offert ma vraie chance et c’est à partir de là que tout a déboulé pour moi, reconnaît-il. Ça s’était vraiment bien passé cette saison-là et les Tigres m’avaient ensuite repêché dans la LHJMQ. C’est Fred qui m’a donné ma chance et c’est un peu grâce à lui si je suis chez les professionnels aujourd’hui. Ça m’a redonné le goût de jouer au hockey. »

 

Une fleur que Lavoie refuse d’accepter, toutefois.

 

« Tout le crédit lui revient et c’est important de le mentionner, réplique-t-il. Il ne l’a pas eu facile du tout. C’est facile à dire, par après, qu’un tel ou un tel l’a aidé, mais pour se rendre jusque-là, il faut faire face à des moments un peu moins heureux et tu dois avoir du caractère. Pour être retranché deux fois dans des pré-camps, t’en venir à Trois-Rivières et avoir encore le goût de jouer au hockey, il faut être fort mentalement et il est solide de ce côté-là. »

 

Repêché... devant son téléviseur

 

Samuel Blais saisira rapidement la balle au bond et créera une certaine surprise en concluant la saison suivante dans le junior majeur, avec les Tigres de Victoriaville. Mais 25 parties dans la LHJMQ, c’est trop peu pour attirer l’attention des équipes de la LNH, se dit-il, et il décide de ne pas se présenter au repêchage amateur de 2014. 

 

« Dans ma tête, je n’allais pas être repêché, confie le Québécois de 21 ans. J’avais seulement joué 25 matchs dans le junior, alors je n’y croyais pas. Quand j’ai été sélectionné par les Blues, ça m’a vraiment surpris. Je regardais ça à la télé, mais plus pour voir où mes coéquipiers et mes rivaux allaient aboutir que pour moi. Un moment donné, mon père a vu ça passer sur Twitter et c’est lui qui me l’a annoncé. On capotait ! J’ai commencé à le croire quand j’ai vu des larmes couler sur les joues de mon père. Mon grand-père avait immédiatement été au magasin pour acheter des casquettes des Blues pour moi et ma famille. J’avais eu mon chandail de repêchage qu’au camp estival, quelques semaines plus tard. »

 

Les Blues passeront rapidement pour des génies, alors que l’attaquant, qui gagnera de plus en plus en confiance, prendra quelques pouces et de la masse musculaire au même rythme qu’il se mettra à enfiler l’aiguille par la suite. Rapidement, il deviendra le prototype parfait de l’attaquant de puissance.

 

« Quand il a commencé à s’entraîner ici, il ne faisait même pas une série de 20 push-ups, se rappelle Jean-François Brunelle. Il mesurait 5 pi 11 po et pesait 170 lb grassouillet. On est loin de ça présentement. Il a donné quatre mises en échec dans la LNH. Pour distribuer quatre coups d’épaule au cours d’un match, ça prend de l’intelligence, de la puissance et de la vitesse. Tu ne rencontres pas quatre gaillards sur la patinoire par hasard. On est loin du p’tit gars de qui on disait qu’il allait être bon sur un deuxième powerplay, et de qui l’implication physique semait le doute. Il est vraiment en train de se créer une identité où ses qualités offensives seront mises en évidence. »

 

« Comme on dit en anglais, je suis un late bloomer, donc j’ai grandi sur le tard, explique Blais. J-F a toujours été très bon pour moi. Il a cru en moi et m’a vraiment aidé hors de la glace. Il est l’une des raisons pour laquelle je suis ici aujourd’hui. J’étais petit, mais avec mon sens du jeu et mes habiletés, j’arrivais quand même à me débrouiller. Avec ma poussée de croissance, ça m’a permis de modifier mon style de jeu. Je suis rendu plus physique et je gagne davantage mes batailles à un contre un. C’était frustrant, mais je savais que ça viendrait. Mon père et mon frère sont grands, alors ce n’était qu’une question de temps. »

 

Ce n’est qu’une question de temps, aussi, avant qu’il devienne, contre toute attente, l’un des piliers offensifs des Blues.

 

Une ascension à vitesse grand V

 

Maintenant que son gabarit ressemble davantage à celui d’un joueur de la Ligue nationale, Samuel Blais gravit les échelons à un rythme impressionnant. L’an dernier, alors qu’il n’avait que 20 ans, il faisait le saut dans la Ligue américaine. Cette année, à 21 ans, on le plaçait déjà sur un trio offensif des Blues, dès le début du camp d’entraînement.

 

« Si tu m’avais dit, il y a deux ans, que je jouerais dans la LNH cette année, je ne t’aurais pas cru, admet Blais. L’an passé, j’ai bien performé dans la AHL et j’ai pris confiance en moi. Maintenant, je suis certain, qu’un jour, je serai un régulier dans cette ligue-là. »

 

Jean-François Brunelle, lui, n’est pas surpris de l’ascension de son jeune poulain.

 

« Depuis la deuxième moitié de la saison 2016-2017, plus rien ne me surprend avec lui, mentionne-t-il. Il va arriver à jouer à temps plein dans la LNH et à produire, car il a l’intelligence du jeu suffisante et il est rendu à point physiquement. N’oublions pas qu’il a juste 21 ans et qu’il aurait pu jouer junior l’an passé. Il n’y a pas beaucoup de jeunes qui concluent leur junior et qui graduent sur l’un des deux premiers trios dès le départ. D’ici une ou deux saisons, il sera établi pour de bon. Pour l’heure, les Blues le voient dans leur soupe et ça se voit. »

 

À preuve, dès le début du camp, l’entraîneur-chef Mike Yeo le mutait sur un trio offensif avec Vladimir Tarasenko et Paul Stastny. Pas pire vote de confiance!

 

« On m’avait dit qu’on allait me donner ma chance et c’est ce qu’on a fait, conclut-il, en remerciant aussi les joueurs Jordan Caron et Michaël Bournival pour leur précieux apport. L’an passé, ç’a bien été pour moi, alors on voulait m’offrir une chance dans un rôle offensif. J’ai connu un bon camp et j’ai donné tout ce que j’avais. Je suis content de mon développement jusqu’ici. Je dois continuer comme ça, car on m’a dit qu’on me voyait dans les plans d’avenir de l’équipe. Je veux qu’on retienne qu’il ne faut jamais abandonner et toujours croire en soi. Peu importe ce que les autres peuvent dire, tu dois croire en toi. Il faut continuer à travailler fort et si tu fais ça, un jour ou l’autre, tu vas connaître du succès. »

 

 

Même s’il y en a pour qui le succès se fait un peu attendre.

 

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