Hockey Le Magazine

Yanni Gourde: sans pression ni attentes

Photo Getty

Ce qui rend le monde du hockey si merveilleux, si imprévisible, c’est que chacun des parcours pour atteindre la Ligue nationale diffère d’individu en individu. S’il y en a qui sont destinés aux plus hauts sommets dès leur tout jeune âge, comme Sidney Crosby et Connor McDavid par exemple, d’autres devront bûcher un peu plus fort que la moyenne pour y parvenir. Entrevue avec trois Québécois au parcours peu orthodoxe qui sont finalement arrivés, contre toute attente, à leurs fins.

 

Simon Bédard

sbedard@ovationmedias.com

@simonbedard17

 

Yanni Gourde a grandi loin de la grande ville. Deuxième d’une famille de trois garçons, il passe la majeure partie de son enfance à Saint-Narcisse-de-Beaurivage, un petit village de campagne où les activités physiques, principalement le hockey, prédominent lors des temps libres.

 

« J’étais un jeune très sportif et mon père nous a embarqués là-dedans en très bas âge, se souvient-il lors d’un entretien avec Hockey Le Magazine. Il nous a mis une paire de patins dans les pieds à trois ans, je pense, et on en mangeait, du hockey! Il était propriétaire d’une épicerie dans le village et il venait nous porter à la patinoire, en s’en allant là-bas, et nous ramenait à la maison qu’à 21 h ou 22 h, quand l’épicerie fermait. Mon enfance s’est passée autour d’une patinoire, plongé dans le mood du hockey, avec mes frères et mes chums. »

 

Son esprit de compétition, qui lui servira grandement tout au long de son cheminement vers la Ligue nationale, Gourde dit l’avoir développé en raison de la compétition très féroce, mais amicale, qui régnait entre lui et son frère cadet.

 

« C’était plus avec mon grand frère que ça brassait un peu, rigole celui qui était fan du Canadien dans sa jeunesse. Quand j’étais atome AA, j’ai eu la chance de faire partie de la même équipe que lui. Il était meilleur que moi, car il avait deux ans de plus que moi, mais c’était un bon joueur et ç’a vraiment développé mon esprit de compétition. Je voyais qu’il avait du talent et je voulais en avoir autant que lui. Ça me poussait à devenir un peu meilleur à tous les jours. C’est ce genre d’esprit de compétition-là qu’on avait, lui et moi, et lorsqu’on allait à la patinoire extérieure, on jouait l’un contre l’autre et c’était assez intense. C’était cool d’avoir cette relation-là avec mes frères. »

 

C’est ce qui l’a peut-être aidé à s’accrocher à son rêve de jouer, un jour ou l’autre, dans la LNH. Car dans un village de 1000 habitants, où on se sentait bien loin de la grande ville, le circuit Bettman aurait pu paraitre bien inaccessible dans l’esprit des Gourde.

 

« Quand t’es jeune, tu penses que la LNH, tu vas y parvenir un jour ou l’autre, se rappelle celui qui idolâtrait Jaromir Jagr. Tu ne le sais pas ce que ça prend et ce que ça implique pour se rendre jusque-là. Tu n’as aucune idée à quel point c’est gros. Plus jeune, tu pouvais dire que tu allais te rendre jusque-là plus tard, mais c’est par après que tu réalises qu’il y a beaucoup d’étapes à franchir pour atteindre ton but. Il faut vraiment être une exception et c’est là que tu comprends que ça t’en demandes beaucoup pour atteindre ton rêve. »

 

Surtout en étant élevé à la campagne et avec tous les sacrifices que ça impliquait pour ses parents.

 

« À partir de l’atome AA, on pratiquait deux fois par semaine à St-Henri, qui était à un bon 25 minutes de voiture, poursuit le numéro 37 du Lightning. Cette année-là, mon frère jouait dans mon club, alors c’était moins pire, mais mon petit frère, lui, évoluait à Lotbinière, alors ils devaient également aller jusque là-bas! Mes parents, ils en ont vu des arénas et ils se sont courus, autant la semaine que la fin de semaine, pour nous trimballer à gauche et à droite. On leur doit beaucoup aujourd’hui. On trippait, nous, à jouer au hockey et on a vraiment eu une belle enfance. On leur doit énormément de respect, car ils ont vraiment travaillé fort pour qu’on soit heureux. »

 

Rien d’un parcours typique

 

En plus de devoir faire un peu plus de kilométrage que la moyenne pour se rendre à l’aréna, Yanni Gourde n’a pas eu le cheminement le plus typique pour atteindre la Ligue nationale. Bien au contraire!

 

La différence, c’est qu’il n’avait aucune attente quant à ses chances d’atteindre les rangs professionnels. Pour lui, ce n’était qu’un jeu, qu’un simple passe-temps. Pas un but ultime.

 

« Moi, je jouais au hockey, car j’aimais ça, se souvient le centre de 25 ans. J’aimais le côté compétitif et je voulais évoluer dans le meilleur calibre possible, mais jouer dans la LNH, je ne m’attardais pas vraiment à ça. Oui, comme tout le monde, ça demeurait mon but, mais dans le junior, lors de mes trois saisons avec les Tigres, je ne savais même pas ce que c’était, un contrat d’entrée dans la LNH! Je ne connaissais pas ça du tout. Il y avait des gars qui se faisaient repêcher, moi je ne l’étais pas et je me demandais comment ça marchait. Je ne savais même pas quelles étaient mes années d’admissibilité au repêchage. Un jour, j’ai obtenu un essai dans la Ligue américaine, mais je ne savais même pas ce qu’était la AHL. Je jouais au hockey pour la passion, parce que ça me faisait tripper et pour vivre quelque chose d’exceptionnel. »

 

Il faut dire qu’avec les embûches auxquelles il a été confronté, plusieurs d’entre nous n’auraient pas porté attention à la voie à suivre pour atteindre la LNH. On pense entre autres à quelques coupures au hockey mineur, à ses débuts dans le midget AAA à 17 ans et au grand saut dans le junior majeur à 18 ans, sur un quatrième trio.

 

« Ç’a été quand même difficile, concède le Québécois. Quand tu te fais retrancher, surtout au hockey mineur, c’est toujours une claque au visage. Je voulais vraiment faire le bantam AA, mais on m’a cédé dans le BB. On m’avait sorti la bonne vieille cassette du ‘Ah, tu es trop petit.’ Mon cheminement n’est pas vraiment conventionnel. Jouer midget AAA à 17 ans, c’est peu commun. Même chose pour la LHJMQ à 18 ans. Habituellement, tu commences vers l’âge de 16 ou 17 ans. Généralement, à 18 ans, les gars ne veulent pas être sur un quatrième trio dans le junior. Tu es rendu à un stade de ta carrière junior où tu veux faire partie du Top 9 et amener de l’offensive. C’est tout ce cheminement-là qui m’a forgé un caractère et qui m’a aidé à me rendre jusqu’à Tampa Bay aujourd’hui. »

 

N’est-ce pas là la mentalité idéale à adopter? Celle d’un jeune hockeyeur qui, sans pression ni attentes, repousse les limites pour faire mentir ses détracteurs? Surtout que, de nos jours, les joueurs s’imposent tellement de pression inutile en bas âge...

 

« Je peux juste te parler de mon parcours à moi, répond-t-il, prudent. Je ne connais pas celui des autres. Il y a des joueurs de la LNH qui ont vécu tout le contraire de moi et qui ont adopté une philosophie différente de la mienne. Y a-t-il une meilleure façon qu’une autre? Je ne sais pas. Mais à un moment donné, c’est important de réaliser qu’il faut s’amuser en jouant au hockey et si tu t’imposes trop de pression en bas âge, ça ne te mènera nulle part. Il faut réaliser que c’est un jeu et qu’il faut s’améliorer à tous les jours. »

 

La tape dans le dos de Julien BriseBois

 

Après une saison midget AAA, à 17 ans, avec les Élites de Jonquière et trois dans le junior majeur, avec les Tigres de Victoriaville, Yanni Gourde parvient finalement à faire écarquiller les yeux de quelques équipes professionnelles, qui l’invitent à faire ses débuts dans la AHL et dans la Ligue de la Côte Est (ECHL). Puis arrive ensuite, la saison suivante, l’adjoint au directeur général du Lightning, Julien BriseBois.

 

« Au milieu de ma deuxième saison pro, j’avais été rappelé dans la AHL par les Sharks de Worcester, se remémore Gourde. À partir de là, Julien est arrivé dans ma vie. Il voulait m’offrir mon contrat d’entrée dans la LNH et c’était ce à quoi j’avais toujours rêvé. Depuis que j’étais pro, j’avais toujours voulu me rendre jusque-là. J’avais eu des contrats de la AHL, mais là, je voulais un contrat de la LNH. Je voulais être considéré comme un prospect. Ça ne m’était jamais arrivé jusque-là. C’était en quelque sorte une tape dans le dos de sa part et dès lors, j’ai voulu saisir ma chance. »

 

Puis vient le grand jour. Contre toute attente, à sa deuxième saison complète avec le club-école des Bolts, le Crunch de Syracuse, Gourde est appelé à disputer un premier match en carrière dans la LNH, le 15 décembre 2015, contre les Maple Leafs, à Toronto.

 

« C’était assez incroyable, décrit-il, encore émotif. J’avais rejoint le club à Columbus, mais je n’avais pas joué ce soir-là. En débarquant de l’autobus pour aller à l’hôtel, à Toronto, Jon Cooper était venu me voir et m’avait dit ‘You’re gonna be in tomorrow’. C’est à partir de ce moment que j’ai vraiment commencé à réaliser que je jouerais dans la LNH. Le lendemain, j’étais dans la formation et j’effectuais mes premiers coups de patin au Air Canada Centre. C’est assez impressionnant là-bas! Il y a vraiment de l’ambiance. C’était d’autant plus spécial qu’il y avait beaucoup d’effort derrière tout ça.

 

« Je pensais beaucoup à mes parents, à mes frères et à ma femme, qui m’a suivi partout depuis mes débuts chez les professionnels, conclut celui qui avait amassé une passe ce soir-là. Sans eux, rien de tout ça n’aurait été possible et je suis vraiment reconnaissant de tout ce qu’on m’a offert comme support et outils tout au long de mon enfance et de ma carrière. Tu penses à eux, car ça te permet de vivre ton rêve, mais en même temps, ils vivent aussi le leur à travers le tien. C’est spécial pour eux aussi. »

 

Débuts fracassants contre le Canadien

 

Plusieurs points intéressants ont été abordés avec le jeune québécois au cours de cet entretien. Parmi eux, deux points qui étaient particulièrement importants de toucher: ses débuts fracassants contre le Canadien, l’an dernier, et l’influence de son grand ami qui évolue maintenant avec les Golden Knights, Jonathan Marchessault. Voici quelques citations-clés à ces sujets.

 

YANNI GOURDE AU SUJET DE SON SUCCÈS INSTANTANÉ CONTRE LE CH

« C’est certain que le premier match contre le Canadien, c’était spécial. Après tout, c’est le club de ton enfance, celui que tu regardais à la télévision lorsque tu étais plus jeune. Mais ce n’était pas nécessairement une motivation de plus pour moi. À ce moment-là, j’étais déjà assez motivé comme ça d’être dans la LNH. Je n’avais pas besoin de boost supplémentaire. Oui, j’ai marqué quelques buts contre le Canadien [3], mais j’étais à la bonne place au bon moment, disons. À quelques reprises, la rondelle m’a trouvé par elle-même! Mais à mon premier match au Centre Bell, en avril dernier, c’est clair que c’était encore plus gros. Toute ma famille et mes amis étaient là. J’avais marqué deux buts ce soir-là et c’était vraiment une soirée de rêve pour moi. D’un autre côté, je jouais dans la LNH, je vivais déjà un rêve et j’étais déjà assez crinqué à tous les soirs. Tes 20 premiers matchs dans la LNH, c’est vraiment un trip. »

 

YANNI GOURDE AU SUJET DE SON MODÈLE JONATHAN MARCHESSAULT

« Jon est vraiment une inspiration pour moi. Son histoire est incroyable. Il a vraiment eu une belle carrière junior et lorsqu’il est arrivé chez les pros, il a eu un impact immédiat. Il avait eu un excellent camp à New York, avec les Rangers, et dès son arrivée dans la Ligue américaine, il avait fini parmi les premiers marqueurs. C’est ce qui lui avait permis de décrocher son contrat d’entrée. À son arrivée chez les pros, il a vraiment mis la machine à on et c’est tout à son honneur. Même dans la LNH, il a vécu de bons moments jusqu’ici, avec une saison de 30 buts avec les Panthers, l’an passé, entre autres. C’est un gars très inspirant pour moi avec son gabarit et sa façon de jouer. On s’entraîne ensemble l’été et on se pousse à fond. On veut être meilleur et plus fort que l’autre et ça crée une belle chimie entre nous. »

 

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