À cœur ouvert: regard sur la carrière de Manon Rhéaume

Photo: Daniel Lippitt

Une édition rendant hommage aux femmes de chez nous dans le monde du hockey ne saurait être complète sans une intervention de Manon Rhéaume, qui a inspiré bien des générations futures en étant la première femme à s’imposer dans le hockey masculin. Malgré un horaire plutôt chargé, elle a récemment accepté de se remémorer quelques-uns des faits marquants de sa brillante carrière.

 

Lorsque j’étais petite, le hockey occupait une place très importante à la maison. Chaque fois que je voulais jouer avec mes frères sur notre patinoire extérieure, ils m’habillaient toujours en gardienne de but et ils mitraillaient leur p’tite sœur de rondelles !

 

Un soir, durant un souper, mon père, qui était alors entraîneur, racontait à ma mère qu’il n’avait toujours pas trouvé de gardien en vue d’un tournoi à venir. À ce niveau-là, les joueurs alternaient toujours de position de match en match et personne ne s’était encore manifesté pour être devant le filet lors du tournoi.

 

J’avais alors répondu à mon père ‘Pourquoi pas moi ?’ Sur le coup, il n’était pas convaincu, mais il avait fini par accepter. C’est comme ça que tout a débuté pour moi.

 

Par la suite, je suis devenue la toute première fille de l’histoire à participer au Tournoi international de hockey pee-wee de Québec. C’était du jamais vu et j’étais en demande pour diverses entrevues. Je trouvais ça spécial, mais mon père m’accompagnait à travers tout ça. C’était très important pour moi d’être traitée comme tous les autres joueurs de mon équipe et de ne pas avoir de privilèges. Si on venait réaliser une entrevue avec moi, je voulais que ça implique d’autres joueurs de mon équipe également. Le hockey est une affaire d’équipe, et non d’un seul individu.

 

Petit à petit, pour la simple passion du sport, j’ai continué de gravir les échelons jusqu’aux rangs juniors majeurs, alors que j’ai disputé un match avec les défunts Draveurs de Trois-Rivières en 1991-1992. Ce soir-là, je n’étais pas supposée jouer et j’agissais comme auxiliaire. En avance 5-0, on avait vu notre adversaire revenir de l’arrière pour créer l’égalité, 5-5. Notre entraîneur de l’époque, Gaston Drapeau, m’avait envoyé dans la mêlée pour changer le momentum du match. Malheureusement, en troisième période, je m’étais coupée au-dessus de l’œil, ce qui avait nécessité des points de suture. Je n’avais pu conclure la partie, mais le simple fait d’avoir participé à un match junior majeur avait représenté quelque chose de spécial pour moi.

 

Quelques mois plus tard, durant le repêchage de la Ligue nationale qui avait lieu au Forum de Montréal, je travaillais à la télévision de RDS dans le cadre de l’évènement. C’est là que j’ai rencontré l’un des grands manitous du Lightning, Phil Esposito, qui avait décidé de m’inviter au camp d’entraînement après avoir obtenu de bons rapports à mon sujet. Au début, je pensais que c’était une blague, mais j’avais reçu l’invitation par la poste et j’avais deux semaines pour donner une réponse. Il y en a qui avait peur que je ne sois pas capable de rivaliser avec ces gars-là, mais je ne voulais pas avoir de regrets un jour.

 

À mon arrivée au camp, les joueurs étaient divisés en quatre groupes pour un tournoi intraéquipe. À ma première partie, j’avais disputé une période et je n’avais rien concédé sur 14 tirs. Mon rendement global avait incité les dirigeants à me donner une vraie partie préparatoire avec le Lightning.

 

À partir de là, tout s’est enchaîné très rapidement et au final, j’ai joué deux matchs présaison avec le Lightning, en septembre 1992 et 1993. Je n’avais pas vraiment le temps de bien réaliser tout ce qui se passait. J’étais plongée dans le moment présent et ce n’est que des années plus tard que je me suis rendu compte de ce que j’étais parvenue à accomplir.

 

En date aujourd’hui, aucune autre femme n’a d’ailleurs disputé une partie préparatoire dans le circuit Bettman. Depuis ce temps, j’ai rencontré plein de personnes qui, sans avoir de lien avec le hockey, m’ont dit que je les avais inspirées à accomplir telle ou telle chose. C’est probablement le côté le plus satisfaisant de toute cette histoire : avoir pu inspirer des jeunes filles et garçons, mais aussi des gens en général. Ce qu’il faut retenir de ça ? De ne pas lâcher, même lorsque tu te fais dire non. Je me le suis fait dire souvent, mais j’ai persévéré et lorsqu’une équipe ne voulait pas de moi parce que j’étais une fille, c’était une source de motivation pour devenir meilleure et leur démontrer que j’avais ma place, moi aussi.

 

Cordialement,

Manon Rhéaume

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