Blogue Chantal Machabée | La fierté d’une nation pour l’éternité

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Courtoisie photo: Chantal Machabée

J’ai une cinquantaine d’autographes de Guy Lafleur. Jamais il ne m’en a refusé un. Dans mon adolescence, la majorité des dollars que je gagnais dans un emploi d’été, comme caissière dans une pharmacie de Montréal, allaient dans mon budget «hockey». Je parvenais donc à me payer quelques billets, debout derrière les sections rouges au Forum, et aussi dans ce qu’on appelait le pit, soit les sections bleues.

 

Chantal Machabée | Collaboration spéciale

 

Après les matchs, je me dirigeais sur la rue Atwater, à la petite porte où sortaient les joueurs, et je l’attendais. Gentil, patient et souriant, peu importe le résultat du match et son rendement, il signait pour tous les fans qui s’étaient déplacés. Faut dire que dans les années 1970, le Canadien ne perdait pas souvent, et Guy Lafleur marquait des buts en ta ! Six saisons d’au moins 50 buts, et de 119 points et plus… il y a de quoi sourire ! 

 

Des buts qui marquent l’imaginaire

Il y a des buts que je n’oublierai jamais. J’ai déjà été témoin de l’un de ses 50e au Forum, en 1979, contre Denis Herron des Penguins de Pittsburgh. Le gardien de but québécois a d’ailleurs alloué trois fois un 50e but à Flower au cours de sa carrière. Entendre l’annonceur, Claude Mouton, crier et étirer son ‘Guy Lafffffleuuuuurrrrr’ sous une bruyante ovation me donnait des frissons ! Je me souviens aussi de l’un des plus beaux buts de sa carrière, face aux Red Wings de Detroit, alors qu’il a pris la rondelle derrière son filet, a traversé la patinoire et a déjoué tous les joueurs adverses pour marquer.

Et que dire de celui, sans doute le plus célèbre de tous, qui a permis au Canadien de créer l’égalité 4-4 dans le septième match de la demi-finale de la coupe Stanley de 1979 contre les Bruins de Boston. Le Canadien allait par la suite éliminer les Bruins en prolongation sur un but de Yvon Lambert pour se rendre en finale et remporter la coupe Stanley pour une quatrième année consécutive. Celui-là, je l’ai vu via un petit téléviseur dans la chambre de mes parents. Papa et maman préféraient regarder un film sur la grosse télé au sous-sol. Un vrai sacrilège!

 

Une source d’inspiration

Je dis souvent aux athlètes qu’ils peuvent changer des vies. Par leur passion pour leur sport et leur attitude bienveillante, ils ont le pouvoir d’inspirer, d’orienter, de faire naître des ambitions et de donner de l’espoir à ceux qui suivent leurs exploits. Ç’a été mon cas. Je suis une journaliste sportive grâce à Guy Lafleur.

Si mon tout premier contact avec le hockey a été la Série du siècle de 1972, ma passion pour notre sport national et tous les autres sports, je la dois à l’ancien numéro 10 du Canadien. À la blague, je dis souvent qu’il y a Dieu, puis Guy Lafleur.

Impossible de résister à celui qui était le meilleur hockeyeur de la planète. Les cheveux au vent, un coup de patin rapide et fluide, des mains habiles, des feintes déroutantes et, encore plus important, un homme bon, humble, généreux et sympathique avec un immense charisme. Une grande idole.

Une grande idole imparfaite. Et c’est ce que nous apprécions le plus chez Guy. Il a accompli de grandes choses en restant humain, sensible et vrai. Il n’a jamais regardé les gens de haut. Il était franc et il livrait toujours le fond de sa pensée. Le politiquement correct, ce n’était pas pour lui. Il n’hésitait pas à critiquer, écorcher les institutions, les athlètes et les équipes (souvent le Canadien) quand il n’était pas d’accord avec les dires et les faits et gestes posés. Une idole à qui on pouvait s’identifier à travers les hauts et les bas de sa vie.

Et des bas, il y en a eu, autant dans sa carrière qu’au niveau personnel. On a partagé sa peine, sa déception et son sentiment de rejet face au Canadien lors de sa première retraite. On l’a vu rester droit et digne en se portant à la défense de son fils dans la tourmente. On a senti son cœur de père déchiré dans cette histoire. « Des inquiétudes qui m’ont ajouté quelques rides », m’avait-il déjà confié en souriant.

 

Une force de la nature

Même à l’âge de 70 ans, il était encore musclé comme un athlète. Il fumait, il ne détestait pas prendre un p’tit verre et il n’était pas le plus rigoureux sur l’entraînement, mais quand on le croisait, on était impressionné par son physique imposant et par ses mains géantes qui faisaient disparaître la vôtre lors d’une poignée de main. Il a subi un quadruple pontage à son cœur qui a vibré et fait battre celui de millions de Québécois... et là, ce foutu cancer contre lequel il a dû se battre.

J’ai eu la chance de collaborer avec Guy pour la Fondation des Canadiens pour l’enfance pendant quelques années. J’ai vu l’impact qu’il avait encore sur toutes les personnes qu’il rencontrait. J’ai même fait un tour d’hélicoptère avec lui pour un reportage. Du gros bonheur ! J’avais la chance, parfois, d’échanger des textos avec lui. Je lui demandais de ses nouvelles, je lui disais que je pensais à lui, que mes pensées de guérison l’accompagnaient. Il me répondait toujours, comme il le faisait avec tous les fans qui demandaient, depuis tant d’années, quelques minutes de son temps.

L’une des nombreuses biographies sur Guy Lafleur s’intitule L’ombre et la lumière, de l’auteur Georges-Hébert Germain. Le titre reflète parfaitement le cours de sa vie. Dans les moments difficiles, comme dans les glorieux, il a su s’élever, et démontrer résilience, vulnérabilité, classe, respect et amour. Un héritage précieux.

Guy, merci pour tout ce que tu as accompli, pour l’homme extraordinaire que tu as été. Merci de m’avoir transmis, grâce à ton immense talent, cette passion pour le hockey, et de m’avoir inspiré afin d’exercer le plus beau métier du monde. Mais surtout, merci d’être la fierté d’une nation pour l’éternité. Je t’aime !

J’ai travaillé dans une école et j’étais responsable des sports en même temps. Je suis toujours avec les jeunes et à Shawinigan High School, où je travaille, j’ai parti le dek hockey et le hockey cosom. Il y a de plus en plus de jeunes qui participent et j’en avais de tous les niveaux qui voulaient participer. Avant, il n’y avait personne qui voulait jouer au hockey à l’école et maintenant, tout le monde veut participer. Je veux juste que le monde joue et qu’ils aillent du fun et qu’ils veulent revenir la prochaine fois.

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