Blogue Dany Dubé | Le développement des joueurs de niveau midget et junior avec Pierre Cholette

Photo: Jonathan Roy

Directeur du recrutement des joueurs de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), Pierre Cholette œuvre dans le milieu du hockey depuis près de 25 ans, notamment avec les organisations des Remparts de Québec et des Tigres de Victoriaville. S’il en a vu d’autres au cours de sa carrière, rien ne battra cette saison 2020-2021, qui n’avait rien de conventionnel autant pour son équipe de travail que pour les joueurs de catégorie midget et junior. Je me suis entretenu avec lui afin de discuter de développement des joueurs.

 

Dany Dubé | 98,5 FM

Collaboration spéciale

 

DANY DUBÉ Pierre, merci beaucoup d’avoir accepté notre invitation. Dans un premier temps, en quoi consiste ton boulot avec la Ligue de hockey junior majeur du Québec précisément ?

PIERRE CHOLETTE Le vrai titre, c’est le Centre de soutien au recrutement. Nous sommes là pour soutenir les équipes, donc ce que nous faisons, c’est que nous avons dix recruteurs qui travaillent au sein de la centrale, en plus de moi. Nous avons un recruteur dans chacune des quatre provinces des Maritimes, cinq au Québec et un spécialiste des gardiens de but [Maxime Ouellet]. Nous allons chercher l’information pertinente aux équipes pour les tournois majeurs, comme dans le midget espoir par exemple. Par-dessus ça, nous allons émettre une opinion au niveau de l’évaluation des joueurs sur le plan individuel. Nous identifions ceux que nous croyons qui ont le meilleur potentiel en vue de la séance de sélection de la LHJMQ.

 

DD La saison 2020-2021 a été difficile pour bien des circuits et des joueurs qui sont éligibles au prochain repêchage de la LHJMQ. Comment êtes-vous parvenus à en venir à un certain consensus malgré tout ? 

PC Avec la collaboration de Hockey Québec et des deux réseaux scolaires [la RSEQ et la LHPS], nos recruteurs ont évalué les joueurs du midget AAA grâce à des logiciels auxquels nous avons accès pour nous permettre de regarder les matchs. Par contre, nous avons décidé d’impliquer les différentes structures dans l’élaboration de notre liste. Nous leur avons demandé d’identifier les joueurs qui, selon eux, auraient été de bons espoirs pour la LHJMQ. Je me voyais mal prendre un jeune du midget espoir et le répertorier entre telle et telle ronde pour la simple et bonne raison que je ne l’ai pas vu jouer cette saison. Nous avons traité ces jeunes-là de façon équitable et ils se retrouvent tous, par défaut, dans la catégorie des joueurs éligibles à être sélectionnés. Il n’y a tout simplement pas eu de distinction
entre eux.

 

DD Avec toute l’expérience que tu possèdes dans le milieu, quel regard jettes-tu sur les joueurs d’aujourd’hui comparativement à ceux d’il y a 25 ans ?  

 PC Aujourd’hui, ce qui est difficile à aller chercher, c’est le sens du hockey chez les jeunes parce qu’ils évoluent dans un système de jeu dès un très bas âge. Lorsque tu vas voir un match de midget AAA, tu vas voir un jeune effectuer un jeu que tu aurais peut-être fait différemment. Ce que nous ne savons pas, toutefois, c’est s’il a mis en application ce que son entraîneur lui a demandé ou si c’est lui qui a pris cette décision instinctivement. Aujourd’hui, peu importe le niveau, les équipes enregistrent les matchs et les décortiquent. Évaluer le coup de patin, nous sommes tous capables de faire ça. La détermination, tu la vois ou tu ne la vois pas. Mais la compréhension du match, c’est peut-être l’aspect le plus difficile pour nous. C’est difficile de se mettre dans sa tête et de deviner à quoi il a pensé. J’aimerais ça, parfois, pouvoir mettre une séquence sur pause et aller lui demander.     

 

DD En tant que spécialiste du recrutement et du développement, te montres-tu favorable à un joueur de 16 ans qui effectue ses débuts dans la LHJMQ, mais qui
se voit confier un rôle de soutien ?   

PC Quand je vois un jeune de 16 ans assis au bout du banc des joueurs, je me questionne si c’est réellement bon pour son développement. Quand je regarde ce qu’on considère comme les exceptionnels de 14 ans qui évoluent dans le midget AAA, combien d’entre eux ont véritablement réussi à avoir une carrière dans la Ligue nationale ? En 40 ou 50 ans d’histoire, il y en a deux, je crois. Ils étaient tous très bons, mais pour diverses raisons, ça ne s’est pas déroulé comme prévu. Ce que les gens ont de la difficulté à comprendre, c’est que le hockey est un sport à développement tardif. Selon leur position, ils atteignent leur maturité à 24, 25 ou 26 ans. Dans ce cas précis, nous parlons de jeunes de 15 ou 16 ans. Dans leur courbe de progression, ils sont peut-être rendus à 50 %. C’est sans compter les late bloomers, qui se développent beaucoup plus sur le tard. Prenons les 25 ou 30 meilleurs joueurs de 15 ans d’aujourd’hui et reparlons-nous en dans trois ou six ans pour voir si le portrait aura changé.         

 

DD Ne devrait-on pas, dans ce cas, instaurer une nouvelle réglementation qui favoriserait le retour d’un plus grand nombre de joueurs dans le midget AAA s’ils ne sont pas aptes à avoir un impact immédiat dans le junior majeur ?     

PC Le junior demeure une grosse business et les directeurs généraux ont la pression des propriétaires de remplir les arénas. Il y a beaucoup de court terme là-dedans. Mais personnellement, je ne vois pas ce qu’il y a de mal à dominer dans son groupe d’âge. J’ai repêché Cédric Desruisseaux, qui a été nommé le joueur de l’année dans la LHJMQ cette saison, en première ronde quand j’étais le dépisteur en chef des Tigres. À son année de 16 ans, Cédric avait été retourné dans le midget AAA et il en avait marqué 40. Quand il était revenu pour son deuxième camp, son niveau de confiance n’était pas le même. L’année suivante, alors qu’il était rendu avec les Voltigeurs, il en avait inscrit 24. S’il avait joué à 16 ans, il aurait probablement été limité, pour la première fois de sa vie, à deux buts et trois passes à la mi-saison. Il se serait posé un million de questions, car les jeunes ont rarement été confrontés à ça dans leur cheminement au hockey mineur. Ils ont toujours été parmi les meilleurs de leur groupe d’âge et ils pensent pouvoir dominer autant en commençant dans le junior majeur. Ça ne marche pas comme ça.

 

DD À quel point la réaction du jeune face à cette adversité est-elle importante aux yeux des organisations ?      

PC Pour la majorité d’entre eux, c’est la première fois qu’ils vivent ça et qu’ils rencontrent de l’adversité. Comment vont-ils réagir à tout ça ? C’est très important. C’est normal qu’ils soient déçus, car ils veulent tous jouer dans la LHJMQ et ils pensent tous qu’ils sont prêts pour ça. Mais qu’est-ce qu’il y a de mal à retourner dans son groupe d’âge et d’y avoir un rôle important ? Absolument rien. Il ne faut pas penser qu’un joueur qui a joué dans le midget AAA à 15 ans et dans la LHJMQ à 16 ans va automatiquement jouer dans la Ligue nationale. Environ 45 % des joueurs provenant du Québec et des Maritimes n’ont pas été choisis dans les trois premières rondes dans la LHJMQ. Le rang de sélection n’est pas un gage de succès, loin de là. Il faut continuer, par la suite.    

 

DD En terminant, selon toi, crois-tu que la génération de joueurs de 2004 et 2005 qui a été affectée par la pandémie de la COVID-19 en ressentira les répercussions, tôt ou tard, dans leur carrière ? 

PC Ce que j’ai hâte de voir, c’est ce que les joueurs de 2004 et 2005, qui ont passé une année complète à pratiquer sans jouer de véritables matchs, auront développé comme aspects individuels. Je m’attends à ce qu’ils soient beaucoup plus habiles avec la rondelle et à l’aise sur leurs patins. J’espère que les gens sont conscients que cette année, la séance de sélection junior sera absolument spectaculaire parce que l’échantillonnage a tellement été réduit que ça va rebondir ! Il faut s’attendre à ça et je fais confiance aux dirigeants des clubs qui vont tous tenir compte des informations qui sont à leur disposition. Ils ne devront pas perdre de vue que ça fera un an et demi que ces joueurs n’auront pas joué.

 

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