Blogue Marc Denis | L’honneur de porter l’unifolié

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Pour cette chronique, laissons de côté l’aspect technique de la position de gardien de but et permettez-moi de vous ramener dans le temps. Encore et toujours pour vous parler de gardiens, mais surtout pour vous transporter au cœur d’une période de ma carrière qui restera à jamais parmi les plus marquantes de ma vie, soit celle du Championnat mondial de hockey junior.

 

Marc Denis | RDS

Collaboration spéciale

 

Édition de 1996

J’ai eu la chance d’y participer deux fois. Mais, à prime abord, rien ne m’y prédestinait. Jamais, plus jeune, je n’avais été sélectionné pour les équipes élites de niveau provincial. Jamais je n’avais fait partie des programmes nationaux.

 

Comme tous les mordus, j’avais regardé, au petit écran, notre équipe canadienne lors de ce tournoi et j’y avais rêvé. J’avais vu les Jimmy Waite, Stéphane Fiset et Manny Legace briller devant la cage du Canada. Mais je me contentais du rôle de spectateur attentif jusqu’à ce qu’une blessure à Dan Cloutier survienne à l’automne 1995, incitant Hockey Canada à inviter un quatrième gardien pour son camp de sélection final de décembre.

 

Cloutier avait fait partie de l’équipe l’année précédente et je n’avais que 18 ans. J’ai finalement gagné ma place de justesse devant Craig Hillier et, surtout, Martin Biron. José Théodore et moi avions partagé le travail pendant le tournoi préliminaire, avant que Théo ne dispute, avec raison, la demi-finale et la finale pour la médaille d’or. Quelle première expérience !

 

Je demeure convaincu que c’est pendant ce tournoi que j’ai appris tout ce que voulait dire gagner. Quand Chris Phillips, un éventuel tout premier choix au repêchage de la Ligue nationale, accepte avec une bonne humeur franche le rôle de septième défenseur, sans même disputer une seule présence dans un match de temps à autres, tu saisis le sens du concept d’abnégation.

 

Nous n’avions pas tiré de l’arrière du tournoi, en route vers une médaille d’or malgré une très courte victoire contre la surprenante Suisse, match auquel j’ai participé et qui demeure gravé dans ma mémoire.

 

L’anecdote la plus savoureuse de ce championnat provient de notre entraîneur-chef, Marcel Comeau, qui me regardait d’un bout de la patinoire, lors d’un entraînement, en me criant ‘Yose, Yose !’ Son adjoint, Blair MacKasey, avait dû le ramener à l’ordre pour lui dire qu’il s’adressait plutôt à Mark pour lui souligner qu’il obtiendrait le prochain départ contre l’Ukraine. Le petit hic, c’est que Théodore et moi avions quelque trois pouces de différence au niveau de la grandeur, nous n’attrapions pas de la même main et son équipement était noir, alors que le mien était bleu… À ce jour, je ne sais toujours pas comment il n’arrivait pas à nous différencier. Un compliment à mon égard, je présume !

 

Édition de 1997

Ma deuxième participation demeure encore plus spéciale, mon rôle ayant été plus important. J’ai disputé chaque minute du tournoi, mis à part huit secondes. Huit secondes jouées par Martin Biron en raison d’une mésentente avec un officiel qui avait obligé une substitution. Martin avait été mon plus grand supporteur pendant tout le tournoi. Il avait été mon entraîneur des gardiens et mon confident. Un incroyable coéquipier !

 

La route vers la conquête de l’or, à Genève, a été ardue. Deux matchs nuls en ronde éliminatoire. De minces victoires face aux nations moins nanties. Un passage par la ronde de quart de finale face à la Slovaquie de Marian Hossa. Et, surtout, un déficit comblé en troisième période de la demi-finale face aux puissants Russes, après avoir dû écouler une pénalité majeure de cinq minutes pour maintenir l’écart à un seul but.

 

La table était donc mise pour le match revanche face aux Américains, qui nous avaient arraché un verdict nul de 4-4 plus tôt dans la compétition. Notre entraîneur Mike Babcock nous avait bien préparés. Sans grandes vedettes, outre un Joe Thornton imberbe, à 17 ans, qui était notre 13e attaquant, un groupe de 22 jeunes Canadiens avait décidé de faire fi des experts qui nous écartaient du podium avant même le début de la compétition pour savourer un cinquième triomphe consécutif.

 

De la pression, il y en avait. Je ne changerais rien au feeling de l’apprivoiser, de la canaliser et de la transformer en énergie positive pour accomplir quelque chose de plus grand que soi. Je pourrais vous raconter chaque moment de cette victoire, la plus grande de ma carrière !

 

Je ne connais pas mes statistiques exactes dans la Ligue nationale, mais je suis convaincu qu’au Mondial junior, elles étaient meilleures que ce à quoi on était habitué de moi, tant ce moment de l’année me faisait sentir invincible au fil des souvenirs impérissables et des ondes positives que le phénomène engendrait.

 

Bonne édition 2020 à tous !

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