Blogue Pierre Houde | Dominique Ducharme, un entraîneur-chef de la nouvelle génération

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«À un moment donné, le message ne passe plus, a dit le directeur général, Marc Bergevin, lors de la conférence de presse tenue après le remplacement de Claude Julien par Dominique Ducharme derrière le banc du Canadien. Dom est un entraîneur de la nouvelle génération. Il est aussi un bon communicateur et selon ce que j’ai vu, c’est souvent la chose que les joueurs recherchent.»

 

Pierre Houde | RDS

Collaboration spéciale

 

Au cours de cette rencontre avec la presse, le directeur général du Canadien n’a pas mis de gants blancs, sans pour autant lancer toutes les pierres à Claude Julien. Si l’élément déclencheur de sa décision a été la troisième défaite en quatre matchs aux mains des Sénateurs, le 21 février dernier, il y a fort à parier que Bergevin remuait ce constat et cette conclusion depuis un bout de temps. Probablement, en fait, depuis la pause d’une semaine à l’issue de laquelle l’équipe est revenue méconnaissable… dans le mauvais sens du terme ! Et dans sa tête, la responsabilité revenait, ultimement, à l’entraîneur-chef.

Car il ne faut pas se le cacher, le Canadien a complètement bousillé ce qui devait être une opportunité en or de raffiner davantage, en dehors de la pression du calendrier régulier, ce style de jeu électrisant démontré au cours des dix premiers matchs de la saison, et de travailler sur des points précis, comme les unités spéciales et les aspects techniques de son gardien de but numéro un. Ç’a été, au contraire, rien de moins que désastreux, tant sur le plan collectif qu’individuel : revirements, erreurs de jugement, mauvaises décisions, indiscipline, effondrement du jeu de puissance et de l’infériorité numérique et une dérive inexplicable de Carey Price avec, pour conséquence, un recul dangereux au classement de la section Nord.

Bref, vient un moment où, si l’avion est en bon état, mais qu’il vole de travers, il faut songer à remplacer le pilote.

 

Redresser les vétérans et protéger les jeunes

Reconnu pour être un adepte des « petits détails » et un grand promoteur de la notion « d’automatismes » au hockey, le nouvel entraîneur du Canadien n’a pas tardé à expliquer simplement ce qu’il souhaitait mettre en place pour remettre l’équipe sur le droit chemin. Pas de grands changements philosophiques ni de grandes révolutions dans la structure du jeu. Pour Dominique Ducharme, tout passe par la simplicité du message, dans sa forme et dans son fond. Peu importe à qui il s’adresse.

Ducharme a d’abord lancé un appel aux vétérans du Canadien, autant à blâmer que les jeunes joueurs de l’équipe dans sa série de défaites. Avant même de diriger son premier match contre les Jets, à Winnipeg, le 25 février dernier, il nous parlait de l’importance de voir son capitaine et ses acolytes mieux gérer le déploiement de l’effort lors d’un match, d’éviter de patiner « trop pour rien » ou de vouloir en faire « trop tout seul ». Il nous a parlé de son désir de voir ses joueurs resserrer l’encadrement de la rondelle ou de son porteur, surtout en zone défensive, afin de revenir à ce jeu de transition irrésistible du début de saison. Le Canadien aura peut-être craqué à mi-chemin de ce premier match, mais il a beaucoup mieux paru dès le deuxième, et ce, dans tous les aspects.

Sans le dire ouvertement, la décision de Marc Bergevin de procéder à un changement d’entraîneur a sûrement été basée, aussi, sur la nécessité de protéger le développement et la confiance de ses jeunes joueurs, ceux sur qui repose l’avenir de l’équipe et ceux qui, pas plus tard que l’été dernier, ont permis au Tricolore de connaître un étonnant parcours lors des séries éliminatoires remodelées.

Tout au long de la glissade de février, Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi ont semblé perdus sur la patinoire, eux qui, pourtant, ont roulé à fond de train lors de la première dizaine de matchs. Alexander Romanov, un autre joyau à polir, s’est mis à cafouiller, à redonner la rondelle et à prendre de mauvaises décisions. Jake Evans a semblé perdre cette efficacité globale qui lui a donné une place de choix dans l’effectif de l’équipe.

Or, sans le moindre salut à l’horizon, la haute direction a sans doute jugé qu’à cette étape de leur parcours professionnel, il n’était pas question de compromettre davantage leur évolution, tant sur le plan technique que mental.

En Dominique Ducharme, le Canadien croit certainement avoir trouvé un leader mieux outillé pour atteindre cet objectif. Il n’y a pas si longtemps, il dirigeait encore quotidiennement des jeunes joueurs avec qui on doit communiquer différemment et envers qui on doit exercer un leadership adapté à la réalité moderne. Claude Julien avait-il ces qualités ? À en juger par l’impatience qu’il manifestait parfois publiquement envers ses jeunes, peut-être lui manquait-il cette dose de souplesse, devenue essentielle de nos jours.

Il est à se demander, du reste, si l’embauche de Dominique Ducharme à titre d’entraîneur-adjoint en 2018 ne comportait pas une certaine vision de la part de Marc Bergevin. Peut-être voyait-il déjà la nécessité d’éventuellement offrir les commandes de son équipe à un nouveau messager ? Un messager porteur d’espoir d’un succès attendu depuis longtemps !

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