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Blogue Pierre Houde | Il fallait agir maintenant !

Geoff Molson (Getty)

Le grand ménage effectué par le Canadien, le 28 novembre dernier, s’est fait à un moment parfaitement synchronisé entre le passé et l’avenir de l’équipe, autant sur les bases du court que du long terme. L’horrible saison actuelle, mais aussi certaines mauvaises tendances des dernières années, sont des facteurs qui se sont assurément entrecroisés dans l’esprit de Geoff Molson. Tout comme l’urgence de prendre des décisions importantes d’ici les prochains mois et la nécessité de changer la philosophie générale de la direction hockey du Canadien.

 

Pierre Houde | RDS

Collaboration spéciale

 

Il y a quand même quelque chose d’ironique dans le fait que les grands bouleversements annoncés par la haute direction du Canadien soient survenus au lendemain d’une rare victoire de l’équipe, à peine une sixième en 23 matchs. Une victoire inespérée à Pittsburgh, remportée lors d’un troisième match en quatre soirs ! Mais voilà, il ne s’agit que de cela, de l’ironie, car les bases sur lesquelles Geoff Molson a planché ses décisions sont assurément beaucoup plus profondes.

Comme moi, vous avez certainement lu tous les excellents bilans qui ont été dressés par mes collègues dans les heures qui ont suivi l’annonce percutante de l’organisation du Canadien. Inutile d’y revenir, donc. Marc Bergevin et Trevor Timmins ont réussi de bons coups tout au long de leur parcours, mais ils en ont également raté d’autres. Mais clairement (et c’est venu de la bouche même du propriétaire lors de son point de presse), il y avait des carences profondes à combler dans les structures des opérations hockey et il fallait agir. Le piètre rendement du Tricolore jusqu’ici cette saison a peut-être été l’ultime élément déclencheur, certes, mais c’est vers un « nouveau départ » complet que veut aller le Canadien. Rien de moins !

 

Fini le one man show

On pourrait chercher toutes les théories de complot possibles, surtout à propos du fait que deux personnes plutôt qu’une seule auront à diriger le secteur hockey (un fait plutôt rare dans la Ligue nationale, on en convient), mais il est difficile de contredire les conclusions de Molson et les objectifs qui en découlent. L’horrible saison actuelle n’est pas qu’un accident de parcours : c’est le dernier élément en séquence d’une chaîne dont les maillons se sont avérés plus faibles que plusieurs le croyaient. La présence en finale de la coupe Stanley a été un moment exaltant, l’été dernier, mais il a été grandement attribuable aux circonstances exceptionnelles de la saison adaptée à la pandémie. Le portrait global du Canadien de Montréal depuis dix ans est, au mieux, plutôt tiède !

Améliorer le recrutement des joueurs et le développement de ceux-ci sont deux objectifs indiscutables pour le Canadien, vous en conviendrez. Il est difficile de nier que ç’a été plutôt raté à ce chapitre depuis plusieurs années. Mais il y aussi un objectif très louable, voire même audacieux, mis de l’avant par le président du Canadien : celui d’encadrer et de supporter les joueurs à l’extérieur de la patinoire et du vestiaire. On ne peut qu’applaudir cette initiative qui fera dorénavant partie du cahier de charge de la direction, une réponse directe aux tristes situations vécues par Jonathan Drouin et Carey Price, notamment. Or, là aussi, pour y arriver, il fallait du sang neuf, des gens aux idées ouvertes et contemporaines, capables de comprendre cet objectif, mais surtout, de mettre en place les moyens pour y arriver.

Deux personnes dirigeantes dans le département, c’est aussi une forme de protection contre les « erreurs » lourdes de conséquences. Le choix de Logan Mailloux en première ronde lors de la dernière séance de sélection du circuit Bettman n’a été rien de moins qu’un moment embarrassant pour le Canadien et la famille Molson, et il était crucial de confronter cette situation gênante non seulement par un médicament à court terme, mais surtout par une réflexion approfondie sur ce qui a mené à ce désastre.

 

Du travail à faire

À très court terme, les nouveaux dirigeants ont une mission périlleuse à accomplir : celle de prendre les bonnes décisions relatives à cette saison misérable. Puisqu’ils auront les coudées franches, ils pourront même regarder du côté du personnel d’entraîneurs, ce que Marc Bergevin ne pouvait pas vraiment faire après avoir renouvelé le contrat de Dominique Ducharme après la finale de la coupe Stanley.

Mais surtout, il faudra froidement évaluer « l’équipe de Marc Bergevin », comme le disait Geoff Molson, et agir en fonction de cette analyse. Il faudra aussi monnayer le mieux possible les joueurs qui seront convoités avant la date limite des transactions et/ou ceux qu’on ne peut et qu’on ne veut pas retenir à Montréal pour des raisons financières ou autres. On peut penser à Ben Chiarot, qui sera joueur autonome sans compensation en vue de la saison prochaine. Ou à Artturi Lehkonen, qui sera un joueur autonome restreint et admissible à l’arbitrage à la fin du présent calendrier. Même Jake Allen fera probablement l’objet de convoitise de la part d’équipes aspirant aux grands honneurs et qui aimeraient ajouter de la profondeur devant le filet.

À long terme, ce sera un travail très ardu ! Le Canadien doit rebâtir sa façon de reconnaître le talent, mais doit aussi, en même temps, revoir sa façon de faire avec ses jeunes joueurs. Il s’agit autant de philosophie et de culture d’entreprise que d’actions concrètes. À partir de grands principes bien clairs, tous les membres de la structure hockey devront d’abord adhérer à ceux-ci et s’assurer d’agir en conformité à partir de ces mêmes principes.

La patience sera de mise, mes amis. Le Canadien est présentement comme un fromage suisse : il y a des trous partout ! Mais il faut commencer quelque part. Il fallait agir maintenant !

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