Blogue Pierre Houde | Le malheur des uns…

Pendant que l’une des deux équipes finalistes de la dernière saison, le Canadien, s’enlisait dans les bas-fonds du classement de la Ligue nationale et que d’autres connaissaient une longue agonie malgré l’étiquette de prétendants légitimes à une place en séries éliminatoires, certaines formations négligées ont, au contraire, accédé au tournoi printanier par la grande porte! Certains chroniqueurs ont ainsi dû reconnaître leurs mauvaises prédictions et saluer le travail colossal accompli par les membres de ces équipes-surprises.

 

Pierre Houde | RDS

Collaboration spéciale

 

« Le malheur des uns fait le bonheur des autres », dit le vieil adage que l’on doit à l’humaniste néerlandais, Érasme. Son constat, datant du 15e siècle, a certainement pris de l’âge, mais il s’applique encore parfaitement au monde du sport d’aujourd’hui et particulièrement à la Ligue nationale. Si les deux tiers des équipes qui s’étaient faufilées en séries à l’avant-dernière semaine du calendrier y étaient selon les attentes d’octobre dernier, l’autre tiers représentait, au minimum, une certaine surprise. Surprise attribuable à quoi ? D’abord et avant tout, en toute justice, au rendement des joueurs et des entraîneurs concernés. Mais aussi, en partie, à l’effondrement d’autres formations qui auraient dû être dans le coup, au moins pendant une bonne partie de la saison.

Ainsi, peu d’observateurs pouvaient prévoir que les Islanders, les Golden Knights et les Jets allaient être autant à la traîne jusqu’à la fin de la saison. Bien peu auraient parié sur une chute aussi vertigineuse des Flyers, et même sur celle du Canadien. Je croyais même que les Blackhawks allaient pouvoir se faufiler, avec Marc-André Fleury, le retour de Jonathan Toews et leur groupe de jeunes joueurs. Blessures, scandales, rigueurs du calendrier, changements d’entraîneurs, léthargies, maladies, épuisement mental : bref, plusieurs raisons peuvent expliquer les difficultés de ces équipes. Mais au bout du compte, elles auront aussi été reléguées parce que certains adversaires se seront avérés beaucoup plus coriaces que prévu.

 

Le podium des exploits

Sur la première marche du podium des belles surprises, je place haut la main les Rangers ! Même si on pouvait saisir le bouillonnement positif chez cette équipe la saison dernière, personne n’aurait pu prédire qu’ils pouvaient encore aspirer au premier rang de la division Métropolitaine avec quelques matchs à faire à la saison régulière.

Gerard Gallant a accompli un travail tout simplement colossal à New York ! Les bons ingrédients y étaient, certes, mais il a su inculquer discipline, rigueur, travail acharné et souci du détail, et établir une culture gagnante exceptionnelle au sein de son équipe. Il a rallié les vétérans à sa cause et il a obtenu, en retour, des performances inespérées, notamment celles de Chris Kreider (plus de 50 buts), Artemi Panarin (plus de 90 points) et de Mika Zibanejad. Il a bien encadré le brio de son jeune défenseur, Adam Fox, tout en gérant habilement l’horaire de son brillant gardien de but, Igor Shesterkin, et de son releveur, Alexandar Georgiev. Après avoir mené le Canada vers une médaille d’or absolument inattendue au dernier Championnat du monde, Gallant a brillamment orchestré son retour dans la ligue après des renvois plutôt humiliants en Floride et à Vegas.

Je concède aussi aisément la deuxième marche du podium aux Kings. Les Kings devaient, en théorie, être dans le même bâteau que leurs voisins de la Californie dans leur parcours de réinitialisation et devaient, de l’avis de la plupart des observateurs, occuper les derniers échelons de leur section. Mais voilà que la troupe de Todd McLellan a fait des pas de géant dès cette saison. Il y a quand même quelque chose de remarquable de voir une équipe qui vient au 20e rang en attaque et au 12e rang à la défense être au seuil des séries, en date de la mi-avril. Une équipe qui, en plus, possède un jeu de puissance plus que terne et un rendement très ordinaire en infériorité numérique.

Mais le résultat collectif est ce qui importe le plus. Les Kings ont trouvé la zone d’exploitation parfaite pour Phillip Danault et l’ancien joueur du Canadien s’avère un complément exceptionnel à Anze Kopitar, comme deuxième centre. À près de 26 minutes de temps de jeu par match, Drew Doughty est toujours le grand général à la ligne bleue et il est un phare exceptionnel pour les jeunes Tobias Bjornfot, Mikey Anderson et Sean Durzi. À ne pas négliger, par ailleurs : la répartition quasi égale du travail entre Jonathan Quick et Cal Petersen. Si le premier s’est avéré toujours aussi efficace, le deuxième a rehaussé son jeu de façon significative, en ajoutant plus du double de victoires en un même nombre de matchs par rapport à la saison dernière.

En terminant, parlons du Wild. Plusieurs d’entre vous l’avaient peut-être placé en séries à l’automne, mais pas moi. Je croyais sérieusement qu’il entrait en transition et qu’il allait concéder beaucoup de terrain. J’accepte mon erreur avec humilité. Le directeur général, Bill Guerin, et l’entraîneur-chef, Dean Evason, ont réussi à imposer une attitude gagnante au sein de cette formation. De toutes les équipes observées cette année, le Wild représente, selon moi, la plus « usante » pour l’adversaire. Les quatre trios se défoncent... et défoncent l’adversaire à chaque présence. Preuve de cet engagement irrésistible : plusieurs des joueurs les plus importants au Minnesota ont connu leur meilleure saison en 2021-2022. Et l’arrivée de Fleury, à la date limite des transactions, a semblé donner des ailes à Cam Talbot, qui était tout simplement imbattable dans les dernières semaines du calendrier. Voilà une équipe qui pourrait aller plus loin qu’on ne le croit lors des séries.

À la lecture de ce segment sur mes surprises de la saison 2021-2022, vous avez aussi obtenu un scoop, au passage. En y ajoutant le nom de Darryl Sutter, à Calgary, vous avez là trois de mes quatre choix pour l’obtention du trophée Jack-Adams à titre d’entraîneur-chef de l’année dans le circuit Bettman ! Je vous avoue pencher fortement vers Gallant, cependant.

Là-dessus, je vous souhaite de bonnes séries, les amis !

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