Blogue Pierre Houde | Repêchage de la Ligue nationale : aléatoire, même en première ronde

L’ère du plafond salarial dans la Ligue nationale a beau favoriser l’intégration rapide des jeunes joueurs, il reste que leur sélection au premier tour d’un repêchage ne s’accompagne pas automatiquement d’un ticket pour la gloire. En fait, dans la deuxième moitié de la première ronde, surtout, il s’agit d’un exercice très aléatoire. À n’en point douter, la marge d’erreur croît avec… le rang !

 

Pierre Houde | RDS

Collaboration spéciale

 

Tout en acceptant le fait que le développement d’un jeune hockeyeur n’est pas une science exacte, que chacun a son propre vécu, son propre rythme d’apprentissage, sa propre évolution sur le plan physique et que les équipes ont des besoins plus ou moins urgents à combler, un fait demeure : à partir de la mi-chemin de la première ronde, rien n’assure qu’un joueur repêché aura un impact significatif dans la Ligue nationale.

De 2010, on ne retient que trois joueurs de cette nature dans les positions 16 à 30 : Vladimir Tarasenko (16e), Evgeny Kuznetsov (26e) et Kevin Hayes (24e). De 2011, on peut retenir Joel Armia (16e), Phillip Danault (26e), Rickard Rakell (30e) et peut-être aussi, Oscar Klefbom (19e), mais aucune véritable grande étoile. De 2012, on remarque de bons guerriers, mais seulement Tomas Hertl (17e) et Tanner Pearson (30e) ont plus de 100 buts en plus de 500 matchs. En 2013, ç’a été encore pire : Shea Theodore (26e) et Andre Burakovsky (23e) sont les seuls à se démarquer parmi ceux qui ont été repêchés entre la 16e et la 30e position. De l’encan de 2014, David Pastrnak (25e) est le seul à véritablement s’illustrer dans la Ligue nationale. Si l’année 2015 se veut une rare exception avec les Mathew Barzal (16e), Kyle Connor (17e), Thomas Chabot (18e), Brock Boeser (23e), Travis Konecny (24e) et Anthony Beauvillier (28e), la suivante nous ramène cruellement sur terre avec aucun joueur d’importance parmi les 15 derniers de la première ronde. Je dis bien aucun ! Et franchement, pour ce qui est du repêchage de 2017, cela n’augure pas très bien, sauf peut-être pour Josh Norris (19e), maintenant avec les Sénateurs. En excluant les repêchages entre 2018 et 2020 pour des raisons évidentes de développement et de patience, on arrive donc à peine à une vingtaine de joueurs ayant eu un impact somme toute raisonnable dans le circuit Bettman, et ce, sur un total de 120 sélections !

 

Quantité vs qualité

La première véritable séance de repêchage universel de la Ligue nationale a eu lieu en 1970. C’est à ce moment que toute forme de mainmise de la part de certaines équipes sur des joueurs d’âge junior, dont le Canadien, a cessé pour de bon. Il n’y avait alors que 14 équipes, les Sabres et les Canucks se joignant au circuit. En 1972, elles étaient 16. En 1974, la ligue est passée à 18. Avec l’intégration de la défunte Association mondiale de hockey, elle est montée à 21 en 1979, puis à 22 en 1991 et à 24 en 1992 avec l’arrivée d’Ottawa et de Tampa Bay. Puis, le processus d’expansion de l’ère Bettman a pris son envol sans jamais s’arrêter pour nous mener à 32 en 2021 ! « Dilution », dites-vous ?

Durant ce parcours, on a assisté à un développement majeur du hockey junior au Canada et à une véritable explosion du programme de développement et des structures collégiales et universitaires aux États-Unis. Les barrières européennes sont complètement tombées depuis une trentaine d’années et des pays comme le Suisse et l’Allemagne ont grandement amélioré leurs bases et contribuent maintenant, à leur tour, à l’injection de talent potentiel pour la ligue. Pourtant, comme on le constate particulièrement au cours de la dernière décennie, il semble bien que la quantité en demande dépasse encore largement la qualité en offre.

 

Couvrir une partie du globe

Cela dit, le hockey professionnel peut-il y échapper ? Des grands sports d’équipe nord-américains, il est le seul à recruter ses athlètes sur une aussi grande étendue. La NFL et la NBA n’ont pratiquement qu’à puiser dans leur cour arrière. Le baseball majeur y ajoute certains pays d’Amérique du Sud et regarde vers le Japon, de temps en temps. La Ligue nationale, elle, doit couvrir l’Amérique et l’Europe pour ne pas passer à côté d’un jeune joueur prometteur, tout en ayant à rivaliser avec les ligues d’élite européennes, qui offrent une excellente option pour un joueur moyen, surtout s’il est originaire du Vieux Continent. Et tout cela, avec des moyens financiers bien inférieurs aux trois autres grands circuits. Si on ajoute à ces réalités l’indéniable fait qu’on ne peut garantir le véritable potentiel sportif et humain d’un jeune homme d’à peine 18 ans, on a devant nous toutes les bases du caractère hautement risqué du repêchage dans le circuit Bettman.

Que faire, alors ? Une partie de la solution repose sur la perspicacité, l’acharnement et la créativité des équipes de recrutement. Une autre, sur la technologie, qui permet à la fois d’accroître et de raffiner les critères de sélection et d’observer, à distance, le jeu des jeunes prospects de partout dans le monde.

Mais chose certaine, aussi loin que l’on puisse regarder devant, le côté aléatoire du repêchage universel demeurera bien réel. Même en première ronde !

 

QUELQUES CHOIX DE PREMIÈRE RONDE «TARDIFS» QUI SE DÉMARQUENT DANS LA LNH

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