Blogue Pierre Houde | Un processus trop complexe ?

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Peu importe l’identité de celui qui deviendra le tout premier choix au repêchage de la Ligue nationale, le 7 juillet, lui et tous les autres qui seront sélectionnés ultérieurement auront dû se prêter à une expérience éreintante avant de vivre ce moment exaltant. Le combine, qui se tient sur près d’une semaine et qui est devenu littéralement un incontournable dans tous les sports d’équipe sérieux, se veut une occasion unique de mieux connaître les jeunes athlètes disponibles, et ce, sur les plans physique, sportif et psychologique. Tout est passé au peigne fin! Force, endurance, souplesse, agilité et capacité respiratoire: tous ces facteurs sont mis à l’épreuve lors d’une série de tests qui poussent certains aux portes de l’agonie!

 

Pierre Houde | RDS

Collaboration spéciale

 

Mais ce qui est particulièrement intéressant, depuis quelques années, ce sont les entrevues qui sont menées lors de ce combine afin de saisir le côté humain du jeune athlète. Quelles sont ses valeurs profondes ? Comment se comporte-t-il devant l’adversité ? Comment gère-t-il la critique, la pression et la comparaison avec ses pairs ? Quel est son niveau d’estime de soi ? Son altruisme ? Son sens de l’équipe ?

Tous les moyens sont bons pour obtenir des réponses à ces questions complexes ! Certains sont prévisibles, comme la fameuse comparaison personnelle à un animal. D’autres sont complètement inusités, pour ne pas dire farfelus, comme ç’a été le cas pour un prospect dont on a évalué l’esprit de compétition à travers un concours déguisé de lancement de boules de papier !

Bien que l’on puisse comprendre les objectifs très légitimes derrière cette démarche globale, c’est à se demander si le fait de pousser l’exercice aussi loin ne risque pas parfois de mener une équipe de la Ligue nationale à carrément faire le mauvais choix ou, du moins, à passer à côté d’un espoir qui se serait avéré une meilleure sélection. À 18 ans à peine, tous ces jeunes athlètes ont surtout en commun d’avoir une expérience de vie très limitée. Certains gagnent certes en maturité plus rapidement et d’autres peuvent se rabattre sur un bagage d’expérience particulier, mais en bout de ligne, ils demeurent d’abord et avant tout des êtres humains à peine sortis de l’adolescence ! Or, jusqu’où peut-on se fier à ce processus d’entrevue très « organisé » pour retenir ou écarter un candidat ?

 

ET LE BON VIEUX PIF, LUI?

Nous sommes à l’ère de la recherche obsessive de la connaissance. C’est normal, car la connaissance n’a jamais été aussi disponible qu’aujourd’hui, que ce soit sur votre ordi, votre tablette ou votre téléphone. Nous cherchons à tout calculer, analyser et comprendre pour prendre les meilleures décisions possibles, en espérant se tromper le moins possible.

Mais, ma parole, le bon vieux pif peut et doit encore avoir sa place ! L’expérience de Jeff Gorton, Kent Hughes et de tous ces anciens joueurs et entraîneurs qui occupent des postes de direction dans la Ligue nationale doit absolument être mise à contribution, et ce, parfois bien au-delà de tous les résultats qui apparaissent sur la check-list d’un candidat ou d’un autre.

Si un joueur se compare à un panda ou à une girafe en réponse à une question, s’il se lasse de lancer des boules de papier dans une poubelle au bout de dix minutes, s’il se sent mal à l’aise de commenter le jeu ou le comportement d’un coéquipier, c’est parfait, on peut en prendre note ! Mais cela ne devrait en rien remplacer la conviction profonde d’un décideur chevronné qui, avec son intuition et son vécu, croit fermement qu’un jeune joueur peut devenir une grande étoile dans la ligue ou, du moins, être un atout important pour son équipe.

Tout est une question d’équilibre. Faire du repêchage amateur un processus sérieux, rigoureux et articulé, c’est tout-à-fait compréhensible et même souhaitable. Le danger, c’est de trop pousser l’exercice... jusqu’au seuil du mauvais choix et de la catastrophe. Et c’est particulièrement vrai si une équipe repêche au tout premier rang, au cœur même d’une période de relance à laquelle adhère les partisans de celle-ci !

 

MARIE-PHILIP POULIN, LA LÉGITIME « TRICOLORE »

J’adore entendre les commentaires judicieux et branchés de Kim St-Pierre à RDS. Je suis un grand fan des analyses de Jennifer Botterill à CBC/Sportsnet, souvent la plus éclairée et la plus équilibrée de tout le panel. A.J. Mleczko, une médaillée d’or américaine aux Jeux de Nagano en 1998, est un excellent ajout au sein du personnel d’analystes à la télé américaine. En toute légitimité, les femmes entrent dans l’univers de la diffusion du hockey avec brio et panache.

Mais les femmes entrent aussi dans l’univers du hockey au sein même d’organisations sportives prestigieuses. France Margaret Bélanger et Chantal Machabée en sont des exemples éloquents avec le Canadien. Même chose pour Hailey Wickenheiser et Danielle Goyette, avec les Maple Leafs. Et voilà que l’annonce de l’arrivée de Marie-Philip Poulin au sein du personnel de développement des joueurs chez le Tricolore se veut une excellente nouvelle, une décision tout à fait conséquente avec les qualités reconnues de l’exceptionnelle joueuse qu’elle a été et qu’elle est encore !

Ce qu’il faut saluer dans cette décision du Canadien, ce n’est pas tant le fait qu’on ouvre enfin la porte aux femmes sur le plan hockey, mais surtout qu’on ouvre la porte à une athlète gagnante, engagée au plus haut point et qui a trimé extrêmement dur pour atteindre le niveau de succès qui a marqué son parcours sportif.

Comme le disait Hughes à propos de Poulin, « ses connaissances, son leadership et sa vision du hockey font du Canadien une meilleure organisation. » On ne saurait mieux dire !

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