Blogue Pierre Houde | Une crise de croissance dans un marché exigeant

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L’étonnante saison 2018-2019 du Canadien aura finalement eu deux effets diamétralement opposés. D’un côté, elle aura rassuré les partisans sur la pertinence du virage qui avait été effectué par l’organisation, l’été précédent. De l’autre, elle aura placé la barre à une hauteur probablement un peu trop élevée, car elle aura masqué tous les aléas que doivent vivre, de façon incontournable, les équipes en croissance.

 

Pierre Houde | RDS

Collaboration spéciale

 

Le monde du sport professionnel est fascinant à plus d’un niveau. Il y a l’aspect sportif proprement dit, celui de la composition d’une équipe, de son talent collectif issu de la somme de ses athlètes, de la vision et de la créativité de ses entraîneurs, de l’intégration de ses jeunes joueurs et du départ de ses plus vieux ou de ceux qu’on ne veut plus dans l’entourage. Tout cela, en relation avec les autres formations rivales. Puis, il y a le public, les amateurs du dit sport, les plus passionnés ou ceux qui s’y intéressent à distance, ceux qui aiment ou qui détestent et ceux qui apprécient quoiqu’il advienne.

 

Pourquoi ce préambule ? Parce qu’il explique, selon moi, la situation délicate dans laquelle se retrouve le Canadien après le premier quart de la présente saison. Équipe parfois redoutable, capable de vaincre des adversaires beaucoup plus forts, équipe parfois médiocre, qui baisse pavillon devant une opposition inférieure. Le Tricolore de 2019-2020 vit une crise de croissance pas du tout inhabituelle sur le plan sportif. Mais il le vit dans un contexte où les attentes de son public sont naturellement placées à un niveau supérieur et où, somme toute, il y a peu de place pour la compréhension et la patience. Le plafond d’une saison devient tout simplement le plancher de la suivante, n’est-ce pas ? Pour la direction et les entraîneurs, il s’agit d’un dilemme pas facile à gérer : celui de bâtir sainement les nouvelles bases de la formation tout en assouvissant l’appétit grandissant des fans !

 

Ne pas déroger au plan initial

À moins d’une tournure totalement inattendue, le Canadien de la décennie qui approche sera tout autant celui de Jesperi Kotkaniemi, Nick Suzuki, Ryan Poehling, Cole Caufield, Cale Fleury, Josh Brook, Alexander Romanov et Cayden Primeau que celui de ses « jeunes » vétérans comme Brendan Gallagher, Jonathan Drouin, Max Domi, Phillip Danault, Joel Armia, Victor Mete et compagnie. Et à moins d’une tournure inattendue, ce sera une très bonne équipe de hockey, une équipe bien équilibrée et compétitive, qui sera rehaussée de joueurs autonomes ou de vétérans actuels qui en auront encore beaucoup dans le réservoir, à commencer, souhaitons-le, par Carey Price.

 

Mais d’ici là, il y a le parcours parfois douloureux que les supporteurs devront accepter... s'ils souhaitent toujours, bien sûr, être témoins du portrait favorable qui s’annonce. Et à mon avis, il n’y a pas de compromis possible : il faut rester fidèle à ce plan de relance qui, pour la première fois depuis longtemps, en est un plus que sérieux !

 

Il faudra donc continuer d’accepter qu’un de ces soirs, le Canadien brille de tous ses feux et que le lendemain, il ressemble à une formation inférieure. Il faudra accepter encore des séquences heureuses sur les unités spéciales et de grands passages à vide difficiles à comprendre. Il faudra fermer les yeux devant les erreurs des jeunes joueurs de 19, 20 ou 21 ans, tout en applaudissant leurs exploits. Il faudra considérer des allers-retours entre la Ligue nationale et la Ligue américaine pour certains, des charges de travail réduites ou augmentées pour d’autres. Il faudra être capables de vivre avec les zones grises dans lesquelles se retrouvent des joueurs encore jeunes, comme Domi et Mete. Il faudra résister à la tentation de tout mettre sur les épaules des quelques joueurs vedettes établis au sein de l’équipe qui, humainement, ne peuvent tout corriger à eux-seuls. Il faudra aussi avaler, de temps en temps, même si c'est de travers, des effondrements comme celui du 23 novembre dernier contre les Rangers, au Centre Bell !

 

Car ainsi va la vie pour une équipe de la Ligue nationale qui se refait en profondeur. Il y a trop à bâtir, tout simplement, pour que tout se fasse à haute vitesse. Au talent et potentiel brut doivent obligatoirement s’ajouter des facteurs plus abstraits, mais essentiels, comme la constance, le niveau d’engagement, la reconnaissance des situations, le dosage de l’effort, la simplification des choses en apparence complexes, etc.

 

Et cela ne peut venir qu’avec un minimum d’expérience et de vécu. D’ici là, la crise de croissance est inévitable. Ce qu’un environnement aussi exigeant que celui des partisans du CH doit accepter, tout aussi inévitablement.

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