Blogue Pierre Ladouceur | Ils sont en or, les Remparts !

Photo: Jonathan Roy

La première fois que j’ai entendu le nom de Guy Lafleur, c’était en juin 1969. Jacques Beauchamp, nouvellement nommé à la direction du Journal de Montréal, était arrivé dans la salle de rédaction de la rue Port-Royal en déclarant avec enthousiasme que Lafleur, le héros du tournoi pee-wee de Québec en 1964, avait opté pour les Remparts de Québec plutôt que d’accepter l’invitation des puissants Canadiens juniors.

 

Pierre Ladouceur | Hockey Le Magazine

Collaboration spéciale

 

Cette décision allait permettre à Lafleur de donner ses lettres de noblesses à la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), un circuit issu de la fusion entre la Ligue métropolitaine junior A et la Ligue junior A du Québec, en 1969.

Guy Lafleur et les Remparts allaient gagner la coupe Memorial au printemps de 1971 en battant, au passage, la formation de St. Catharines avec son joueur étoile, Marcel Dionne. Cette victoire, jumelée à l’influence de Claude Ruel sur Sam Pollock, allait persuader le Canadien de jeter son dévolu sur Lafleur lors de la séance de repêchage de juin 1971 grâce au premier choix acquis des Golden Seals de la Californie.

Pendant ses deux saisons avec les Remparts, Lafleur a marqué 233 buts (103 et 130). Lors de ces deux hivers, à titre de rédacteur en chef de la revue Sports Illustrés, j’ai souvent assisté aux matchs des Remparts au Colisée de Québec, qui revivait les belles années de Jean Béliveau.

C’était la fête grâce à ces Remparts qui étaient célébrés avec ce chant mentionnant qu’ils étaient en or. Lafleur semblait marquer à volonté. D’ailleurs, lors d’un match au Centre Paul-Sauvé contre les Bombardiers de Rosemont, il avait demandé au photographe, Toto Gingras, de se positionner à un endroit précis afin de capter un éventuel but. Voilà que, comme Babe Ruth avait prédit son circuit au Wrigley Field, Lafleur avait fait mouche à l’endroit précis qu’il avait prédit au photographe !

 

De grandes attentes

Évidemment qu’à son arrivée avec le Canadien, en septembre 1971, les amateurs s’attendaient à voir le successeur des grands ailiers droits de l’histoire de l’équipe comme Maurice Richard, Bernard Geoffrion et Yvan Cournoyer.

À 20 ans, Lafleur était prêt à prendre sa place au sein de cette grande équipe. Rares sont les joueurs recrues qui n’auraient pas été satisfaits d’une production de 78 buts à leurs trois premières saisons dans la Ligue nationale. Mais cela ne répondait pas aux attentes de Guy Lafleur !

Pendant cette période de transition, Lafleur a souvent souligné les paroles d’encouragement que lui prodiguait Jean Béliveau.

Puis, au camp d’entraînement de 1974, le Démon blond a remisé son casque protecteur. On a souvent attribué les succès qui ont suivi à ce geste. De fait, la transition s’est surtout faite dans sa confiance acquise et retrouvée.

Au cours des six années suivantes, il s’est avéré le meilleur joueur de la Ligue nationale avec une récolte de 327 buts, dont un sommet de 60 en 1977-1978 en évoluant avec Jacques Lemaire et Steve Shutt. Cette saison-là, le trio a totalisé 144 buts, 315 points et une fiche cumulative de +183.

À toutes les fois qu’on rencontrait Lafleur, il vantait les mérites de ses coéquipiers. Lors de nos soupers avec Yves Tremblay, il avait toujours un bon mot pour la contribution des membres du Big Three, Serge Savard, Larry Robinson et Guy Lapointe, ainsi que ses compagnons de trio.

C’est au cours de ces années que j’ai réalisé que Lafleur vivait en accéléré. Que ce soit en arrivant dans le vestiaire plusieurs heures avant un match, en fonçant, crinière au vent, vers le filet adverse, ou en quittant rapidement le vestiaire après un match.

D’ailleurs, j’avais remarqué que Flower, en attendant pour faire son tour de piste à titre de première étoile d’un match, profitait de son temps au banc pour enlever le ruban à gommer sur ses jambières. Lorsque les journalistes arrivaient au vestiaire pour les entrevues d’après-match, Lafleur était déjà sur son départ.

N’allez pas croire qu’il n’était pas disponible pour les médias pour autant ! Mais c’est le lendemain des matchs qu’il était à son meilleur. Et il n’a jamais fui une question ou renié ses propos, peu importe les conséquences que cela pouvait entraîner.

 

Une histoire d’amour inachevée

En 1984, Guy Lafleur a été poussé à la retraite par son nouvel entraîneur, Jacques Lemaire. Ce dernier n’avait pas réussi à impliquer son ancien coéquipier dans son nouveau système de jeu. Cette retraite forcée a laissé un goût amer à cet athlète fier.

Pendant ces années à l’écart du hockey professionnel, Lafleur n’a jamais été loin de ses fans. J’ai d’ailleurs eu la chance de travailler avec lui et Yves Tremblay sur la production d’une cassette vidéo sur l’enseignement du hockey.

Lors des enregistrements, il était évident qu’on était en présence d’un joueur de la Ligue nationale. Une fois, il devait dribbler avec la rondelle entre les cônes. Guy était parti à toute vitesse et il n’avait jamais effleuré les cônes. On avait pensé qu’il ne pourrait jamais répéter à la même vitesse sur la prise suivante, mais il avait réussi l’exploit et on avait dû offrir une version au ralenti.

Lors de nos réunions et de nos soupers, il était toujours disponible pour parler avec les gens ou signer des autographes. Je ne l’ai jamais vu refuser quoi que ce soit à un partisan.

Après la mise en marché de la cassette, on soupait ensemble chez LaDora, sur la rue Sherbrooke, lorsqu’il m’a remis un premier montant. Il était excité de me remettre le chèque, certifiant ce vieux dicton voulant qu’il est plus satisfaisant de donner que de recevoir.

Malgré tout, il y avait quelque chose qui clochait chez lui. Il souffrait d’avoir raté sa sortie de piste sur la patinoire. Son ami, Yves Tremblay, voulait remédier à la situation en multipliant les appels pour orchestrer son retour au jeu. Après quelques essais infructueux, il avait finalement trouvé preneur avec Phil Esposito et Michel Bergeron chez les Rangers.

À l’été 1988, avec l’aide du regretté Gene Cloutier, on avait réussi à préparer un mini-camp pour Guy à Laval. De plus, il s’imposait un entraînement intensif au gymnase de George Cherry.

Les résultats ont été impressionnants avec une saison de 18 buts avec les Rangers. Le dernier chapitre de sa carrière s’est conclu avec deux saisons avec les Nordiques, dans la même ville
qui l’avait acclamé une première fois au tournoi pee-wee de 1964.

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