Karell Émard : dans les deux sens de la patinoire

Bien connue pour la carrière de joueuse qu’elle mène depuis 2007, notamment avec l’Université St. Lawrence et les défuntes Canadiennes de Montréal, Karell Émard occupe également un autre rôle d’importance depuis quelques années, soit celui de gestionnaire de produits pour la firme de statistiques avancées montréalaise Sportlogiq. Une belle façon de vivre de sa passion qu’est le hockey, comme tant d’autres tentent de le faire. Entrevue.

 

Jasmin Leroux | Hockey Le Magazine

Collaboration spéciale

 

« Avant que je sois en contact avec Sportlogiq, je me souviens que j’avais une opinion différente des statistiques avancées qui commençaient à émerger dans notre sport. Je les trouvais impersonnelles et je trouvais qu’on ne prenait pas en considération des facteurs importants du hockey, comme le côté émotionnel. Mais mon opinion a beaucoup changé quand j’ai appris à travailler avec elles », s’exclame d’emblée la joueuse de 32 ans.

À travers ses succès des dernières années en tant que joueuse, qui comprennent notamment une coupe Clarkson remportée avec les Canadiennes en 2017, Émard a développé un lien de confiance avec les quelque 17 équipes de la Ligue nationale que la firme Sportlogiq dessert.

« Nous avons deux groupes. Il y en a un qui s’occupe de traiter les différents rapports, de les concevoir pour les équipes et de remplir les demandes à tous les jours. L’autre groupe, auquel je fais partie, s’occupe de traiter avec les équipes, d’être à leur écoute, de faire le lien avec elles afin de savoir comment on peut améliorer nos produits et de savoir ce qu’un entraîneur-chef de la Ligue nationale peut avoir besoin pour visualiser les statistiques avancées qui l’intéressent, par exemple », explique-t-elle avec justesse.

En fait, tout ce qui se trouve entre les mains d’un analyste ou d’un entraîneur, Karell Émard le reçoit. Elle fait un processus de priorisation et elle est affectée à la création de nouveaux outils qui pourraient être utiles pour le futur. Elle se considère plus que privilégiée, « car je peux maintenant vivre de mon sport, moi aussi, à ma façon, en étant dans le hockey à temps plein. C’est ce qui m’a attiré vers Sportlogiq, ma passion pour mon sport. De pouvoir aider, à ma manière, des joueurs de la Ligue nationale à s’améliorer est tellement stimulant », reconnaît-elle.

 

Une opinion populaire changeante

Les statistiques avancées polarisent beaucoup les débats dans le sport depuis de nombreuses années. Populaires, notamment, au baseball avec les Athletics d’Oakland au tournant du millénaire, les statistiques avancées font partie intégrante de tout sport de haut niveau 20 ans plus tard. On y mesure ainsi des tonnes de choses qu’il était impossible de comptabiliser auparavant. On va souvent dans des zones très précises, qui peuvent parfois donner mal à la tête de certains joueurs, entraîneurs ou amateurs. Il y a aussi un travail à faire du côté des joueurs et joueuses, qui ont eu à s’adapter à la présence de ce phénomène.

« Je n’irais pas jusqu’à dire que je m’analyse moi-même maintenant, mais ça a changé certains aspects de mon jeu, c’est certain. Rien de majeur, toutefois ! Mais en travaillant avec Sportlogiq, je porte attention au fait que certaines zones dans le territoire offensif sont plus propices à marquer, par exemple, ou que certaines décisions prises résultent souvent en des chances de marquer de l’adversaire. Mais le hockey reste un sport d’instinct et tellement rapide, qu’il ne faut pas trop s’y attarder non plus, sans quoi on pourrait réellement faire des erreurs », explique Émard.

Celle qui est originaire de Marieville, en Montérégie, et qui a joué quatre saisons avec les Canadiennes avant la conclusion de cette aventure au terme de la saison 2018-2019 tient également un rôle d’ambassadrice auprès de certaines coéquipières.

« Je suis à leur écoute. J’ai la possibilité de leur expliquer certaines statistiques ou certains faits qui sont à prendre en considération lorsqu’elles jouent », reconnaît la numéro 76.

 

La résilience : la clé pour avancer

À cause de la pandémie de la COVID-19 qui a affecté toute la planète au cours de la dernière année, Karell Émard et les autres joueuses professionnelles n’ont eu d’autre choix que de se résigner à contrôler ce qu’elles ont le pouvoir de contrôler.

« C’est dommage, car on avait une belle saison qui se pointait à l’horizon avec beaucoup de matchs aux États-Unis et à travers le Canada, mais tout a été annulé », mentionne-t-elle.

Mais puisqu’il ne peut pas y avoir que de mauvaises nouvelles en lien avec cette fichue pandémie, les joueuses de la PWHPA (Professional Women’s Hockey Player Association) comptent maintenant sur un partenaire majeur, la marque de désodorisant Secret, qui a permis au hockey féminin de se maintenir à flot, en octobre dernier, en injectant un million de dollars dans le projet.

« Ç’a été un gros plus pour nous. Pouvoir compter sur un partenaire comme ça, c’est une première dans notre histoire. À partir de ce moment, on s’est dit qu’on pouvait y arriver et on a retrouvé beaucoup de motivation. Ça fait avancer le projet et la cause dans le bon sens, c’est certain ! Et à travers la pandémie, on a toutes pu apprendre à être de meilleurs humains, on s’est redécouvertes et on a vu qu’on n’était pas que des athlètes. On a pu se découvrir de nouvelles passions et on peut dire qu’on a su en tirer du positif », conclut-elle.

Retenez bien le nom de Karell Émard. Que ce soit comme joueuse ou comme gestionnaire dans le monde du hockey, il vous sera de plus en plus familier au cours des prochaines années… s’il ne l’est pas déjà !

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