Hockey Le Magazine

L’esprit voyageur de Daniel Jacob

La femme de Daniel Jacob, Danica, a récemment obtenu sa citoyenneté canadienne.
 

Début mai. C’est le calme plat à la Place Bell. La surface gelée a laissé place au stage de l’artiste Damso, qui doit se donner en spectacle le lendemain. Dans l’un des bureaux des entraîneurs du Rocket, à quelques pas du vestiaire, se trouve Daniel Jacob, qui accueille Hockey Le Magazine à bras ouverts. S’il fait preuve d’une simplicité remarquable, c’est notamment en raison des nombreuses expéditions faites aux quatre coins du globe depuis qu’il a atteint la vingtaine. Rencontre avec l’entraîneur-adjoint du Rocket, un homme transformé et enrichi par les voyages.

 

Simon Bédard | Hockey Le Magazine

Rédacteur en chef

 

Daniel Jacob raconte le tout en riant de bon cœur. Il n’avait que 20 ans quand il a vécu son baptême de l’air. Il était alors à l’Université McGill et il s’apprêtait à aller disputer des matchs en Hollande et en Allemagne. Ç’a été le coup de foudre.

 

« Instantanément, je me suis dit ‘C’est bien cool ! Il y a autre chose que le Québec et le Canada.’, se souvient-il. On est très, très chanceux d’habiter ici. Je suis très bien ici, mais j’étais content de voir autre chose et disons que tu chiales un peu moins lorsque tu vois l’autre côté de la médaille. C’est quelque chose que j’aime bien rappeler à mon garçon lorsque j’ai l’impression qu’on se plaint le ventre plein. Tu apprends à apprécier ce que tu as ici, mais d’un autre côté, c’est cool de voir tous ces paysages. On dit que le Québec a 400 ans, mais là-bas, on parle de milliers d’années d’existence. L’histoire est différente. »

 

Depuis, à chaque été, Jacob quitte le pays afin d’aller observer d’autres paysages. Il qualifie cela de deuxième passion, après le hockey et le coaching bien entendu. En quatre ans, il estime avoir visité pas moins de 25 pays. Beaucoup de richesse, donc.

 

« J’ai juste un baccalauréat en kinésiologie, explique-t-il. Après ça, je suis parti en Europe et ça m’a vraiment changé comme personne. Ça m’a rendu meilleur. Ma capacité d’adaptation s’est vraiment renforcée. La Serbie, ce n’est pas le Québec non plus ! Ça m’a aussi donné de l’ouverture d’esprit par rapport au monde. Après chaque saison, je partais voyager, que ce soit avec un ami ou seul avec un sac à dos. Faire 25 pays en l’espace de quatre ans, c’est un bagage inestimable pour moi. Ce n’est pas l’école, mais ce n’est pas bien loin. C’est quasiment mieux, même. Mon BAC a été très plaisant et ça m’a permis de jouer au hockey tout en rencontrant de bonnes personnes, mais l’aspect voyage a été phénoménal. »

 

Plongé dans un monde de pression et de performance pendant toute la saison, il avait l’occasion, l’instant de quelques semaines, de tout oublier et de plonger tête première dans l’inconnu, en pleine nature. Une liberté qu’il savourait à chaque expédition.

 

« Sortir de sa zone de confort au quotidien, pour moi, c’est de l’or en barre, affirme celui qui s’est joint au Rocket le 23 mai 2018. J’ai été chanceux et c’est pour ça que j’ai sauté sur l’occasion. Le simple fait de devoir te débrouiller seul, c’est spécial. Au début, je ne parlais presque pas en anglais et je devais m’intégrer à un nouveau groupe de personnes. Je suis content de l’avoir fait. »

 

Ces voyages ont également permis à Jacob de populariser le hockey outre-mer. Les ressources sont plus limitées qu’ici, mais entouré de bonnes personnes, ils ont tenté de transmettre leur amour pour notre sport national aux jeunes d’ailleurs.

 

« Au début, les kids ne parlent pas ta langue, mais tu veux leur donner un coup de main parce qu’ils n’ont presque rien là-bas, se remémore-t-il. On avait appliqué auprès de l’Association des joueurs de la Ligue nationale (NHLPA), on avait gagné un concours et on nous avait donné
20 sacs d’équipement. Rapidement, on était passé d’une trentaine à une centaine d’enfants. Bauer nous avait donné l’équipement nécessaire, tout comme McGill qui avait accepté de faire sa part pour aider des places comme la Serbie et l’Hongrie. Ça bâtit quelque chose de cool et tu y retournes chaque année pour regarder comment ç’a évolué. J’ai comme une deuxième vie là-bas, avec du très bon monde qui a eu un impact positif sur ma vie. »

 

Daniel Jacob a même un pied-à-terre en Serbie, où il retourne à chaque été. C’est à cet endroit qu’il a fait la connaissance de Danica, qui allait devenir son épouse et la mère de son garçon. Pour les Jacob, il était important de conserver ce lien étroit avec ce pays.

 

« Ma femme est serbe et je l’ai rencontrée là-bas, confie-t-il. On y retourne à chaque été. Je n’ai pas à me plaindre, je suis très chanceux. Voyager, c’est devenu une seconde passion. On a une maison là-bas et on y retourne quand on en a la chance. Mon gars parle le serbe et il a des cousines et des amis là-bas. C’était important pour nous de garder les deux demeures. Ç’a tellement été bon pour nous qu’on va toujours avoir un attachement spécial envers cet endroit-là. »

 

De la fierté pure et simple

Il est environ 9 h 30 lorsque Daniel Jacob nous ouvre la porte de son bureau de la Place Bell. Sa première saison comme adjoint chez les professionnels vient à peine de se conclure et même si l’heure des vacances a bientôt sonné, il est fidèle au poste, enjoué et fier d’y être. Un vrai passionné.

 

« J’étais un partisan du Canadien lorsque j’étais plus jeune, dit-il à Hockey Le Magazine. Je parlais de ça avec mes chums. Quand tu es ti-cul, tu t’intéresses au CH et tu en jases avec tes proches. C’est pour ça qu’éventuellement, quand j’ai eu la chance de me joindre à l’organisation par le biais du Rocket, ça n’avait pas de bon sens ! Je n’aurais jamais pu imaginer avoir pareille opportunité. D’en faire partie et d’avoir un impact sur ce que le Canadien veut accomplir, c’est énorme. C’est de la fierté x 1000. Ça te rend fier et motivé à faire ton travail. Travaille et assure-toi que ça fonctionne. C’est la même chose pour les joueurs. À qui beaucoup est donné, beaucoup est attendu. »

 

De la fierté qui s’en ressent jusque dans le travail qu’il accomplit en tant qu’entraîneur des défenseurs. Pas pour rien que l’entraîneur-chef Joël Bouchard s’est empressé de l’amener avec lui lorsqu’il a gradué avec le Rocket, il y a un peu plus d’un an.

 

« Est-ce que j’avais confiance en mes moyens ? Absolument. Est-ce que j’avais de petites craintes par rapport aux professionnels ? Oui, confesse-t-il. Je ne suis pas entré ici comme King Kong en frappant dans les cadres de porte. Est-ce que c’était une surprise ? Je ne me suis pas levé le matin en me disant que c’était certain que je m’en allais dans la Ligue américaine. Quand Joël me l’a demandé, tout faisait du sens. On a une belle chimie ensemble et tout était clair. Je n’ai pas joué dans la Ligue nationale, donc je savais que mes chances de travailler chez les pros ne sont pas comme celles d’un ancien joueur qui a joué dans cette ligue-là. J’étais prêt et si je ne l’avais pas été, il ne m’aurait pas dit ‘Viens-t‘en avec moi, je sais que tu n’es pas prêt et ça va être une catastrophe’. »

 

Un peu plus d’un an plus tard, Jacob file le parfait bonheur dans ses fonctions d’adjoint. Il a l’impression de pouvoir se débrouiller dans toutes les facettes, peu importe le rôle qu’on lui confie. Il ne pourrait espérer mieux.

 

« Je sais que je suis à mon meilleur comme assistant coach, reconnaît-il. J’aimerais ça graduer comme assistant, mais comme entraîneur-chef, ce n’est pas un but à tout prix pour moi. J’ai l’impression que je maximise ce que je peux amener dans ces fonctions. Avec mes défenseurs, j’ai une proximité que je n’aurais pas dans un autre département. Ce n’est pas que tu n’en as pas comme head coach, mais tu en as un peu moins. Les unités spéciales me fascinent aussi. Rentrer là-dedans comme un crac d’informatique pour tenter de déceler des failles, ça me fait vibrer !

 

Quand je regarde ça, je suis capable de diriger les attaquants, les défenseurs, l’avantage numérique et le désavantage numérique, poursuit-il. Je dois me placer dans une position où je ne connais pas tout, mais où je peux faire de tout et me débrouiller avec ce qui est à notre disposition aujourd’hui. Il fallait que je m’outille pour être le plus complet possible. Encore aujourd’hui, je tente de sortir de ma zone de confort pour acquérir le meilleur bagage possible. »

 

Vers la fin de l’entretien, l’attaquant Antoine Waked se présente dans le bureau de Daniel Jacob afin de le saluer. Même si la saison est terminée, quelques joueurs du Rocket demeurent en ville et passent un peu de temps à la Place Bell afin de s’entraîner. On sent que quelque chose de solide s’est créé en 2018-2019.

 

« Ce que j’aime, c’est qu’on a une façon de procéder qui est bien établie, conclut-il. En septembre, les joueurs vont entrer ici en sachant que... Lorsque tu bâtis une maison, tu ne commences pas par le toît. Ça prend des fondations solides et j’estime que c’est ce qu’on a fait cette année et les joueurs ont embarqué là-dedans tête première. Ils ont vu que ce qu’on leur proposait, ça fonctionnait. Tu as beau avoir 19 ou 34 ans, les balises sont maintenant claires. »

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