Anthony Mantha: arrivé à maturité

 
 
Hockey Le Magazine discute avec Anthony Mantha dans les hauteurs d’un aréna de St-Hubert. Après avoir effleuré tous les sujets possible en lien avec les Red Wings, on bifurque, sans trop le vouloir, vers quelque chose qui va bien au-delà des cadres du hockey : le décès inattendu de son grand ami et entraîneur estival, Mathieu Latour, au cours de l’été. Retour sur une épreuve difficile qui deviendra vite l’une de ses principales sources de motivation cette saison.

 

Simon Bédard | Hockey Le Magazine

Rédacteur en chef

 

Les yeux d’Anthony Mantha deviennent un peu humides. On lui demande s’il est à l’aise de s’aventurer sur cette voie de la conversation. Après tout, c’est encore tout frais pour lui et les plaies ne sont pas encore guéries. Il accepte sans la moindre hésitation de revenir sur cette épreuve difficile.

 

« C’est arrivé au début de l’été, peu après ma participation au Championnat du monde, se souvient celui qui a été rencontré après un entraînement sur glace avec l’entraîneur François Borduas. Il avait subi une opération à un genou. C’est d’ailleurs une opération qu’il ne voulait pas subir, car il pensait que sa blessure allait guérir avec un peu de réhabilitation seulement. Il a toutefois dû s’y résigner parce que ça prenait une greffe osseuse. »

 

Vers la fin du Championnat du monde, au cours duquel Mantha a été un élément-clé pour équipe Canada, la mère d’Anthony, Suzie, lui lâche un coup de fil.

 

« Elle m’a dit qu’il avait fait un arrêt cardiaque à la suite de complications, explique-t-il. On l’avait réanimé, puis placé dans un coma artificiel. Après le tournoi, j’ai fait un petit voyage à Amsterdam et à mon retour, je suis arrêté à Detroit. Lorsque je suis reparti pour Montréal, j’ai reçu un appel de son partenaire de gym et il m’a dit qu’il n’avait pas de bonnes nouvelles pour moi. J’ai garé ma voiture sur le bord de la route et il m’a dit que les derniers tests révélaient que, s’il se réveillait, il allait être dans un état végétatif. C’est là que j’ai réalisé l’ampleur de la situation. Les deux ou trois dernières heures de route n’ont pas été faciles ni plaisantes, disons… »

 

Le lendemain, le numéro 39, ses deux sœurs et une amie ont été appelés à aller dire un dernier au revoir à Mathieu. Probablement l’étape la plus difficile du processus de deuil, croit-il.

 

« Ça n’a vraiment pas été facile, dit Mantha. Voir quelqu’un être maintenu en vie à cause des machines, c’est rough. Lorsque j’y suis retourné avec son partner, 24 heures plus tard, j’ai eu une approche totalement différente. Ce n’était pas plus facile, mais puisque mes adieux avaient déjà été faits, c’est comme si j’avais franchi une première étape de mon deuil. »

 

Un voyage en son honneur

Concours de circonstances et triste hasard de la vie, Mathieu Latour s’est éteint le vendredi, le jour même où il devait quitter avec Anthony et des proches pour un voyage afin d’assister à un festival de musique country.

 

« On adorait la musique country et on avait déjà été à quelques évènements du genre tous ensemble, sourit l’attaquant des Wings. Dans le gym, quand on s’entraînait, on mettait souvent du country et nos partners commençaient à être pas mal tannés d’écouter ça ! On a décidé d’y aller, moi, ma blonde et des amis, à sa mémoire. Ça faisait partie du deuil, ça aussi. On a pris un verre et on s’est amusé en son honneur. »

 

Depuis ce jour, le principal intéressé tente d’apprivoiser la vie sans l’un de ses plus grands complices. Il ne sait toujours pas s’il commémorera sa mémoire d’une quelconque façon cette saison, mais il laisse toutes les portes ouvertes.

 

« On verra ce que je déciderai de faire, songe-t-il. Je pourrais toujours mettre une photo de lui dans mon casier dans le vestiaire. Sinon, ça fait plusieurs années que je veux avoir un tatoo. Je pourrais peut-être y ajouter quelque chose, comme sa date de fête, pour commémorer sa mémoire à tout jamais. »

 

Une amitié qui restera profondément ancrée dans ses souvenirs, même dans les coulisses du Little Caesars Arena de Detroit…

 

Le passage du primaire au secondaire

Il s’agit là d’une épreuve parmi tant d’autres qui a permis à Anthony Mantha de se transformer, lentement mais sûrement, en un jeune vétéran à la maturité grandissante au sein de l’organisation des Red Wings.

 

Ça se ressent en discutant avec lui. Derrière sa charpente de 6 pi 5 po et 225 lb se cache un jeune homme réaliste et posé, qui dresse un bilan honnête de ses premières saisons chez les professionnels.

 

« Ma dernière saison avec les Foreurs de Val-d’Or, dans le junior majeur, a été la meilleure de ma carrière, et ma première chez les professionnels, l’année suivante, a été la pire, fait-il remarquer. En l’espace de deux saisons, j’ai vraiment connu les hauts et les bas. C’était comme le passage du primaire au secondaire. Aujourd’hui, avec le recul, j’estime que je sais vraiment où me situer entre les deux sur le plan mental. Quand tout va bien, c’est certain que c’est plus facile et tout semble te sourire. À mon arrivée dans la AHL, je me suis blessé, mais lorsque je suis revenu au jeu, j’étais toujours une fraction de seconde en retard sur les autres et les jeux n’aboutissaient à rien. J’ai vraiment beaucoup appris, et grâce à ce séjour de deux saisons dans les mineurs, la transition entre la AHL et la LNH s’est mieux faite. Quand j’ai eu ma chance avec les Red Wings, je n’ai pas regardé en arrière et j’ai foncé tête première. »

 

Au-delà de sa carrure qui en dit long, on sent que Mantha devient de plus en plus un homme. Il prend les insuccès des siens quasiment personnels. À l’extérieur de la patinoire, il mène une vie rangée et il évite toutes les distractions qui pourraient croiser sa route. Il devient un leader de plus en plus important à Detroit.

 

« Dans ma game, je sens que je vieillis, admet l’attaquant de 25 ans. J’ai appris beaucoup ces dernières saisons. J’ai vraiment fait un pas de géant à la fin de la dernière année. Au Championnat du monde, j’ai démontré que j’étais en mesure de jouer contre les grands joueurs. J’ai hâte de bâtir là-dessus cette saison. Point de vue personnel, c’est juste normal de vieillir, je crois. Je vais jouer sur mon année de 25 ans cette saison, donc ce sera important d’effectuer un pas vers l’avant puisque c’est devenu l’âge moyen pour s’établir dans la ligue de nos jours. Il m’en reste déjà moins qu’il m’en restait, alors le moment serait venu pour moi de franchir une autre étape. »

 

Chaque joueur a un parcours qui lui est propre. Choix de premier tour en 2013, il a dû patienter quelques années avant de s’implanter à Detroit. En revanche, son grand ami, Dylan Larkin, n’a joué qu’une poignée de matchs dans la Ligue américaine avant de devenir une figure marquante de la concession. Serait-il devenu un joueur aussi complet s’il ne s’était pas développé aussi longtemps avec le club-école des Red Wings ?

 

« On ne le saura jamais, conclut-il. Mon cheminement a été comme ça, je l’accepte et je regarde vers le futur. Ce petit détour m’a aidé à savoir où me situer mentalement. Pour d’autres, ç’aurait peut-être eu l’effet contraire. Larkin n’a pratiquement pas été dans la AHL et il a connu du succès dès ses débuts dans la LNH. Pour lui, ce saut rapide semble avoir rapporté puisqu’il est devenu l’un des bons joueurs du circuit aujourd’hui. Chaque personne est différente. »

 

Une recette qui semble également avoir été la bonne pour le Québécois.

 

Anthony Mantha

Né le 16 septembre 1994

À Longueuil, QC, Canada

Âgé de 25 ans

Ailier droit

6 pi 5 po et 225 lb

Tire de la gauche

Choix de 1ère ronde (20e au total) des Red Wings en 2013

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