Kristopher Letang: digne des plus grands

 
La carrière de Kristopher Letang est loin d’être terminée, mais déjà, on peut affirmer sans se tromper qu’il aura réussi à s’élever au rang des plus grands défenseurs de l’ère moderne de la Ligue nationale. On réalise encore plus la teneur de ses prouesses lorsqu’on revient avec lui sur chacun de ses moments passés dans l’organisation des Penguins. Des moments tantôt heureux, tantôt plus sombres. Discussion avec un grand de chez nous qui a encore soif de victoires.

 

Simon Bédard | Hockey Le Magazine

Rédacteur en chef

 

Kristopher Letang est en route vers sa future demeure de Pittsburgh lorsqu’il retourne l’appel de Hockey Le Magazine. Chacune de ses minutes est comptée, encore plus depuis la venue de ses deux enfants. Mais c’est ça, Kristopher Letang. Un homme de grande classe, qui refuse très rarement de se livrer aux médias.

 

« Dans la vie, je ne suis pas un politicien, ricane-t-il. Je ne serai jamais la personne qui va dire strictement ce que les gens veulent entendre ou ce qui est politicly correct. J’aime dire ce que je pense réellement et ce que je veux que les gens retiennent de mes propos. »

C’est d’ailleurs pourquoi il est tant aimé au Québec. Rares, généralement, sont les joueurs québécois ne jouant pas avec le Canadien qui ont autant l’admiration des amateurs d’ici. Pourtant, avec Letang, on sent que c’est différent.

 

« C’est plaisant et pour être honnête, c’est même flatteur, convient-il. Plus tard, je veux que les gens se rappellent du type de défenseur j’étais, de la place que j’ai occupée dans l’histoire de la Ligue nationale et des choses comme ça. Et pas uniquement à Pittsburgh, mais aussi au Québec. Je veux que les gens de la province et de la ville où je suis né soient des partisans de Kristopher Letang, même si je ne suis pas un joueur du Canadien. »

 

Stabilité et longévité

Au-delà de sa personnalité décontractée, ses chiffres parlent d’eux-mêmes. Il en est présentement à une 13e saison dans la Ligue nationale, toutes avec les Penguins. De plus en plus, il s’implante comme le meilleur défenseur de l’histoire de la concession.

 

« Aujourd’hui, j’ai 32 ans, mais j’en ai encore 25 dans ma tête, dit-il en riant. Mon corps ne le ressent pas, mais dans mon esprit, je suis encore tout jeune. Je tripe à faire ce que je fais et je ne vois pas les années filer. De nos jours, les joueurs tiennent parfois ces choses-là pour acquises et ils pensent que leur carrière durera des décennies. Il ne faut jamais rien prendre pour acquis si l’on veut en tirer le maximum. »

 

La recette semble fonctionner pour le Québécois, qui ne cache pas sa fierté d’évoluer avec la même organisation depuis ses débuts. Encore plus depuis quelques années, avec la naissance de ses enfants, Alexander et Victoria.

 

« Mon gars vieillit et commence de plus en plus à aimer venir à l’aréna, raconte le numéro 58. Il vient dans le vestiaire, il côtoie les joueurs et il joue même au hockey avec eux après les matchs lorsque l’on gagne. Ça rend l’expérience encore plus agréable. J’ai toujours eu peur que mes enfants ne puissent pas me voir pratiquer mon métier. Une carrière dans le hockey, ce n’est pas éternel ! J’aimerais bien jouer jusqu’à 38 ou 40 ans, mais on ne sait jamais ce qui peut survenir et ça me rendait craintif qu’ils ne puissent pas voir ce que leur père faisait dans la vie. Aujourd’hui, de voir que mon plus vieux a accès à tout ça, c’est très important pour moi. »

 

Des moments plus sombres

Ce qui nous rappelle cette période plus difficile de sa carrière, au cours de laquelle il n’a pas été épargné par les blessures et les malchances. On pense notamment à un accident vasculaire cérébral (AVC) subi en 2014, à l’âge de 26 ans, ainsi qu’à une commotion cérébrale, un an plus tard.

 

« J’ai eu certaines craintes dans ma carrière, mais honnêtement, j’ai toujours eu la certitude que j’allais être capable de passer à travers, mentionne celui qui a aussi vu sa saison 2016-2017 être ralentie par une importante opération au cou. J’avais le pressentiment que mon corps allait être capable de s’en remettre et que je reviendrais plus fort.

 

De toute façon, je me suis toujours dit que je ne jouerais pas la game à moitié. Si j’offre tout ce que j’ai à offrir sur la patinoire, mais que je dois manquer cinq ou six matchs pour cause de blessures, ça ne me dérangera pas. Sidney Crosby et Evgeni Malkin ont eu leur lot de blessures, mais ce sont deux gars qui se démènent pour l’équipe et qui ne prennent pas de shift de congé. Ce n’est pas pour rien qu’on a trois bagues de la coupe Stanley chacun à notre palmarès. »

 

Gagner avec ses meilleurs amis

Letang sait de quoi il parle. Après tout, c’est pratiquement avec le même noyau de joueurs qu’il a vécu l’euphorie de la victoire avec les Penguins. Trois conquêtes de la coupe Stanley et une présence en finale de la coupe Stanley entre 2007-2008 et 2016-2017, aux côtés de grands amis tels Marc-André Fleury, Sidney Crosby et Evgeni Malkin.

 

« C’est spécial d’avoir grandi avec le même groupe de gars et d’y connaître du succès, s’émerveille Tanger. T’as l’impression que ça t’appartient encore plus. Ce n’est pas comme une super team de la NBA, par exemple, où les gars se sont téléphonés pour se dire ‘Cette année, on se joint à telle équipe et on va aller chercher le championnat ensemble pour les trois prochaines années’. On était tous des gars du même âge qui avaient été repêchés pratiquement en même temps. Les gens vont certainement se rappeler de cette ère des Penguins de laquelle on a fait partie. »

 

Détrompez-vous : Kristopher Letang est loin d’être rassasié. Malgré ses 32 ans et ses trois bagues de la coupe Stanley aux doigts, son objectif demeure toujours d’évoluer dans le circuit Bettman le plus longtemps possible et d’aider les Pens à ajouter quelques championnats à leur collection.

 

« Je pourrais me souhaiter n’importe quel trophée individuel d’ici la fin de ma carrière, mais ça ne changerait rien parce que deux ans plus tard, les gens ne s’en rappelleraient pas, conclut-il. La seule chose que je me souhaite, c’est de pouvoir gagner une ou deux coupes de plus. Tu peux te souvenir de la saison où tu as amassé 100 points et que tu as gagné le trophée Hart, mais si tu n’as pas fait les séries ou que tu as été éliminé en première ronde, ça n’a pas la même saveur. »

 

La vie à l’extérieur de la patinoire

La vie comble Kristopher Letang de bonheur. Au-delà de la brillante carrière qu’il mène avec les Penguins, il a la chance d’être le père de deux enfants adorables et d’avoir une femme, Catherine Laflamme, qui se dévoue corps et âme pour eux.

 

« Quand on devient père, on se met de côté et on voit vraiment à quel point il y a des choses plus importantes que soi-même dans la vie, confie le numéro 58. Avec mon horaire et tout le voyagement, j’ai la chance d’avoir une femme extraordinaire qui donne tout ce qu’elle a à offrir à nos enfants. Être père, c’est quelque chose de précieux dans la vie. »

 

On s’en aperçoit en parcourant son compte Instagram, qui est suivi par plus de 300 000 personnes. Sur celui-ci, on y retrouve beaucoup de photos de lui avec les Penguins, mais aussi de sa famille.

 

« Ce sont des souvenirs pour moi, mais aussi pour les gens qui m’entourent et qui veulent suivre ma carrière, explique-t-il. Avec Instagram, je peux leur montrer ce que j’aime faire de mes journées et ce qu’est la vie de Kristopher Letang à l’extérieur de la patinoire. Je trouve ça génial ! Les gens qui te voient de l’extérieur [sur la patinoire] aimeraient parfois te voir de l’intérieur [dans ta vie personnelle], et c’est une belle plateforme pour ça.

 

Mon travail consiste à jouer au hockey pendant 60 minutes à tous les matchs, poursuit-il. Ensuite, il reste encore une vingtaine d’heures à la journée et il y a des choses beaucoup plus importantes dans la vie, comme ma famille et mes enfants. Certains l’oublient, mais je suis une personne comme une autre, qui se lève chaque matin pour faire déjeuner mes enfants et aller porter son plus vieux à l’école. C’est juste dommage, parfois, qu’on soit jugé en fonction de notre salaire qui est exposé dans les journaux ou sur Internet. Je me vois comme un être humain simple, qui n’est pas spécial dans aucune facette de la vie. »

 

Paul Coffey l’avait rapidement remarqué

L’anecdote remonte aux débuts de Kristopher Letang dans la Ligue nationale. L’ancien grand défenseur des Penguins, Paul Coffey, assistait à une partie lorsque l’un des arrières de l’équipe, peu connu jusque-là, avait rapidement capté son attention.

 

« Il était venu voir l’une de mes premières parties dans le circuit et il était avec l’une des personnes du broadcast, se souvient Letang. Lorsqu’il m’avait remarqué sur la glace, il avait dit ‘Lui, regardez-le bien aller. Ça va être un joueur à surveiller !’ C’était spécial d’entendre ça venant de quelqu’un comme lui. On m’avait rapporté ses propos après la partie et ça m’avait donné un petit boost de confiance pour la suite. »

 

À un point tel que le 6 octobre 2018, dans un revers de 5-1 contre le Canadien au PPG Paints Arena de Pittsburgh, Letang a surpassé Coffey dans l’histoire des Penguins pour le plus grand nombre de points produits par un défenseur, avec 441.

 

« C’était spécial, reconnaît-il. Quand j’ai entamé ma carrière, je n’aurais jamais pensé atteindre ce plateau-là un jour. Je ne m’étais jamais dit ‘Un jour, je vais surpasser Paul Coffey dans l’histoire des Penguins’, mais d’en être rendu là, c’est quelque chose. Chaque fois qu’on me le rappelle, ça me fait sourire parce que je n’arrive toujours pas à y croire. Tu ne t’attends jamais à devancer l’un des plus grands défenseurs de l’histoire de ton équipe. »

 

Letang et Coffey ont d’ailleurs eu la chance de discuter ensemble quelques heures après qu’il l’ait devancé dans les annales de l’équipe.

 

Quelques joueurs de la Ligue nationale ont accepté de nous confier ce que Kristopher Letang signifiait à leurs yeux.

 

JONATHAN HUBERDEAU

ATTAQUANT DES PANTHERS

« Kristopher est une fierté québécoise. Après tout ce qu’il a dû subir…! Sa persévérance est quelque chose de spécial chez lui, tout comme son talent sur la patinoire. »

 

JEAN-SÉBASTIEN DEA

ANCIEN COÉQUIPIER ET ESPOIR DES SABRES

« Kris représente beaucoup pour moi. Il a été là pour moi dès mon arrivée dans la Ligue nationale, avec les Penguins. Il m’a permis de faire la rencontre de personnes formidables à Pittsburgh. Pendant sa convalescence après son opération au cou, en 2016-2017, je gravitais autour de l’organisation comme l’un des Black Aces et ça m’a permis d’être avec lui à tous les jours, ou presque, et d’apprendre à mieux le connaître. En plus d’être un défenseur exceptionnel, il est un homme de grand cœur qui a tout fait pour rendre mon expérience avec les Penguins inoubliable. Je le considère comme un bon ami, aujourd’hui. »

 

YANNI GOURDE

ATTAQUANT DU LIGHTNING

« Il est vraiment respecté à travers la Ligue nationale. C’est un défenseur très complet, qui a une très bonne réputation. »

 

PIERRE-OLIVIER JOSEPH

DÉFENSEUR ET ESPOIR DES PENGUINS

« Pour moi, il est l’un des meilleurs défenseurs de l’histoire du hockey et après avoir pu le côtoyer lors du camp d’entraînement des Penguins, en septembre dernier, je peux ajouter qu’il est une très bonne personne. Même après autant d’années dans la ligue, il cherche encore à améliorer des facettes de son jeu, en plus d’aider ceux autour de lui à devenir encore meilleurs qu’ils ne le sont. Je suis très heureux de maintenant faire partie d’une aussi belle organisation que celle des Penguins, mais sans des personnes comme Kris dans notre entourage, je ne crois pas que ce serait pareil. »

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