Maxim Lamarche: la dureté du mental

Maxim Lamarche (Photo: Alain Bellier)

Au moment de rencontrer Hockey Le Magazine, au début du mois de novembre, Maxim Lamarche prenait son mal en patience. Après une séance d’entraînement rythmée, il nous rejoint avec sa bonne humeur habituelle, même s’il avait été jusque-là limité à huit matchs cette saison. Un air de déjà-vu pour ce défenseur au cheminement marqué de hauts et de bas, qui a rapidement gagné le respect de ses coéquipiers dans le vestiaire. Entrevue.

 

Simon Bédard | Hockey Le Magazine

Rédacteur en chef

 

Parce qu’il est un jeune homme timide, qui n’aime pas attirer l’attention, on a l’impression de ne pas en connaître beaucoup sur Maxim Lamarche. Il a beau être comme ça depuis qu’il est jeune, n’empêche qu’au fond de lui, il a beaucoup à raconter.

 

« Je suis encore la même personne aujourd’hui, reconnaît-il dans une salle de la Place Bell. Je n’ai pas vraiment changé. Je suis encore un p’tit gars gêné, qui ne veut pas trop déplacer d’air et qui aime jouer des tours. J’aime jouer au hockey et avoir du plaisir avec les gars. »

Ce qui est drôle, c’est que sa personnalité se reflète à merveille sur la patinoire. Ce n’est jamais celui qu’on remarque le plus à la ligne bleue du Rocket. Par contre, à l’interne, son jeu est grandement apprécié des siens. Effacé, mais efficace, comme on dit.

 

« J’ai toujours été important pour mon équipe dans le sens où j’obéis à ce que mes entraîneurs me demandent et j’essaie toujours de jouer dans le système, affirme-t-il. J’essaie de m’attarder aux petits détails que les gens ne remarquent peut-être pas toujours de l’extérieur, mais qui sont importants pour une équipe. Plus jeune, je n’ai jamais été le meilleur joueur de mon club. Il y en avait qui étaient plus bons que moi, mais j’essayais de me concentrer pour faire les petites choses et écouter ce que les coachs me demandaient. Je voulais aussi observer les joueurs autour de moi pour remarquer leurs tendances, ce qu’ils aimaient faire dans certaines situations, etc. C’est toujours important de se soucier des petits détails. »

 

C’est en adoptant cette mentalité, combiné à une passion certaine pour le hockey, que le Lavallois a fait son chemin jusque dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), avec les Tigres de Victoriaville, mais surtout, avec le Drakkar de Baie-Comeau.

 

« J’ai eu un rôle important à jouer à Baie-Comeau, se rappelle celui qui a évolué là-bas de 2010 à 2013. Les premières années ont été plus difficiles. On avait un jeune club en reconstruction et on perdait pas mal de matchs. C’était éprouvant mentalement, mais ça m’a bâti un certain caractère. Par la suite, on a connu de meilleurs moments. À mon année de 20 ans, on a perdu en finale contre les Mooseheads de Jonathan Drouin et Nathan MacKinnon. C’était bien d’être dans une petite ville. Ça fait en sorte que tu te rapproches de tes coéquipiers, que tu passes plus de temps avec eux. Notre chimie d’équipe était incroyable ! Encore aujourd’hui, une fin de semaine par été, on est 10 à 12 anciens coéquipiers à se louer un chalet pour passer du temps ensemble. J’en garde de beaux souvenirs. »

 

Une game mentale chez les professionnels

Maxim Lamarche ne s’en cache pas, ses débuts chez les professionnels, au sein de l’organisation des Flyers, ont été une toute autre paire de manches. Rien à voir avec ces moments plus ardus lorsque le Drakkar empilait les défaites, quelques années plus tôt.

 

« Ç’a été vraiment difficile, honnêtement, surtout lors de la première année, se souvient le numéro 20. En graduant chez les pros, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. À mes débuts, je n’ai pas vraiment eu de support, si je peux le dire ainsi. Il n’y avait pas d’équipe de la Ligue de la Côte Est (ECHL) qui était associée aux Flyers. L’entente avait été résiliée au début de la saison, donc les joueurs pouvaient être envoyés n’importe où. À mon arrivée dans la Ligue américaine, j’ai été rayé de l’alignement pendant environ 12 matchs et on ne me parlait pas. On n’avait pas un gros club et je n’avais aucune idée de ce qui se passait. On m’a finalement envoyé dans la ECHL à Elmira, un club affilié à Ottawa et au New Jersey qui n’existe plus aujourd’hui. Vu que j’appartenais à Philadelphie, c’est comme s’il y avait trois organisations au sein d’une même équipe. C’était difficile et je n’étais pas très bien encadré. »

 

L’adaptation de la première année passée, la suite des choses a été un peu moins houleuse pour Lamarche, qui a néanmoins partagé son temps entre les deux circuits pendant quatre saisons. De fil en aiguille, il profitait des rappels avec les Phantoms de Lehigh Valley pour gagner la confiance des entraîneurs, au point de passer la totalité de la saison 2017-2018 avec eux.

 

« Ç’a été très difficile, reconnaît celui qui a pris part à un total de 163 matchs dans la ECHL avant de s’implanter dans la AHL. Une fois, j’ai été descendu dans la ECHL et j’étais vraiment tanné. Je commençais à regarder pour aller jouer en Europe et j’ai bien failli y aller. À la dernière seconde, j’ai décidé de patienter encore un peu et une ou deux semaines plus tard, j’étais rappelé par les Phantoms. C’était le début de mon premier long séjour avec l’équipe. C’est drôle comment la vie fait bien les choses, parfois. J’aurais pu être en Europe et à la place, j’ai débloqué dans la AHL. Ça peut changer rapidement dans le monde du hockey. Une journée, tu peux te sentir loin de ton rêve, et le lendemain, tout va bien et tu sens que tu t’en approches. C’est vraiment une game mentale et tu dois être capable de t’adapter aux changements. »

 

L’importance d’accepter son rôle

Maintenant que cette période plus rocambolesque est derrière lui, Maxim Lamarche savoure chaque instant passé dans sa ville natale, avec le club-école du Canadien. Le sort qui lui a été confiné en début de saison n’est pas sans rappeler un sentiment de déjà-vu, mais il l’accepte avec sagesse.

 

« Présentement, je joue moins, mais d’un autre côté, c’est bien d’avoir de la compétition à l’interne, opine celui qui, en date du 25 novembre, totalisait une passe en 12 parties. On a plus de profondeur cette année et David Sklenicka, aussi, mériterait de jouer plus souvent. La réalité, c’est qu’on a huit défenseurs qui pourraient être en uniforme à tous les soirs et cette compétition à l’interne pourrait nous mener loin, à mon avis. Il faut garder une bonne attitude et encourager les gars lors des entraînements et des matchs. Tu ne souhaites pas de malheur à personne et ce qui fera la différence entre une équipe qui se rendra loin ou pas, c’est si les 23 joueurs acceptent leur rôle et poussent tous dans la même direction, même s’ils pourraient peut-être avoir un peu plus de temps de glace au sein d’une autre équipe. »

 

Avec pareille philosophie, on comprend mieux pourquoi Maxim est l’un des leaders les plus appréciés du Rocket. Toute bonne organisation a besoin d’un vétéran de la sorte, qui accepte son sort et qui sait détendre l’atmosphère dans le vestiaire.

 

« J’ai été tranquille à date, surtout l’an passé, ricane le défenseur. J’essaie de trouver le moment opportun pour jouer des tours. L’an dernier, on ne gagnait pas si souvent que ça, donc c’était un peu moins propice. Cette année, on gagne plus, donc je pourrais commencer à en faire. Je vais devoir commencer à penser à ça.

 

Quant au rôle que je veux jouer, on a plusieurs beaux exemples de persévérance ici, renchérit-il. C’est normal d’avoir des downs, des fois. Je ne dis pas que c’est joyeux à tous les jours parce que tu joues au hockey. Comme dans n’importe quel métier, tu peux avoir des périodes plus roughs, mais il faut faire confiance au processus et garder son objectif en tête, même quand ça va moins bien. »

 

De retour là où tout a commencé

Avec tout le millage parcouru depuis son entrée chez les professionnels, en 2013-2014, vous comprendrez que Maxim Lamarche ne s’est pas fait prier pour rentrer à la maison, à l’été 2018.

 

Ce qui rend l’expérience encore meilleure, c’est qu’il peut la vivre aux côtés de sa famille, plus particulièrement son père, Pierre, que l’on peut apercevoir à la grande majorité des matchs de l’équipe à la Place Bell.

 

« Mon père est un passionné, louange Maxim. Je tiens de lui pour ça. Tout comme moi, il aime bien raconter des blagues et jouer des tours. Il me supporte depuis toujours. Il aime bien jaser avec le monde. Ça lui arrive d’aller voir mes anciens coéquipiers lors de l’une de leurs parties pour prendre de leurs nouvelles. Il m’aide sur plein de choses, mais il ne me talonne jamais avec rien non plus. »

 

Désormais, chaque fois qu’il saute sur la patinoire de la Place Bell avec l’uniforme du Rocket sur le dos, Lamarche a une pensée pour tous les sacrifices que sa famille a fait pour lui.

 

« Ça leur coûte moins cher de gaz, maintenant, pour venir me voir, conclut-il, sourire en coin. Quand j’étais jeune, nos vacances, c’était d’aller à mes tournois de hockey et de baseball. Notre vie a toujours tourné autour de ça. Mes parents me suivent encore autant aujourd’hui, mais ils sont maintenant à la retraite, ce qui facilite les choses. Leur présence aux matchs me pousse à tous les soirs. Je veux bien paraître devant les membres de ma famille. C’est grâce à eux si je suis ici aujourd’hui ! Je veux qu’ils soient fiers de moi. »

 

Le 20 en fusillade

Ton plus beau souvenir lié au hockey ?
J’en ai plusieurs. Dans le pee-wee, j’ai pu participer au Tournoi International de hockey pee-wee de Québec. J’ai aussi vécu de beaux moments dans le midget AAA et dans le junior majeur. Chez les pros, avec Lehigh Valley, on a déjà atteint la demi-finale contre Toronto.

 

Pourquoi le numéro 20 ? Je l’avais à mes débuts à Baie-Comeau, mais j’ai dû changer pour le 44 en cours de route. À mon arrivée ici, je devais l’avoir, mais c’est Matt Taormina qui en avait hérité. L’organisation s’en est souvenue et me l’a donné cette année.

 

Ta voiture ? Un Jeep Wrangler.

 

Ton film préféré ? Les Boys et Slap Shot. Je les ai tous regardés !

 

Ton repas préféré ? Du saumon.

 

Ta chanson préférée présentement ? J’écoute pas mal n’importe quoi. Ça dépend du mood dans lequel je suis. En voiture, je peux écouter de la musique québécoise, par exemple, et du rock ou du Post Malone dans d’autres situations. J’aime bien varier.

 

As-tu une routine ou des superstitions d’avant-match ? Non, pas vraiment. Je ne veux pas que ça me joue dans la tête si, pour une raison ou une autre, ça ne se passe pas comme prévu. En n’en ayant pas, ça ne peut donc pas avoir d’impact sur mon jeu.

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