Samuel Montembeault: en toute simplicité

Photo Getty

Il réalise son rêve de jouer dans la Ligue nationale dans l’uniforme des Panthers, sous les chauds palmiers de la Floride. Le bonheur ! Pourtant, dès qu’il en a l’occasion, c’est dans le petit village de Sainte-Gertrude, près de Trois-Rivières, que Samuel Montembeault s’empresse de revenir afin de passer du temps avec les siens. Rencontre avec un gardien de but pour qui les valeurs familiales priment.

 

Simon Bédard | Hockey Le Magazine

Rédacteur en chef

 

Quelques semaines avant de quitter pour le camp d’entraînement des Panthers, Samuel Montembeault est au Centre d’Excellence Sports Rousseau pour assister à un match préparatoire de son ancienne équipe junior, l’Armada de Blainville-Boisbriand. Lors d’une conversation à bâtons rompus avec Hockey Le Magazine, il lance spontanément ‘J’ai hâte de partir, mais en même temps, c’est difficile parce que je suis si bien chez moi !

 

Il fait ici référence au petit village de Sainte-Gertrude, situé à 30 minutes de Trois-Rivières. Un endroit calme et paisible, à l’image du jeune homme.

 

« Pour moi, les valeurs familiales sont très importantes et je suis très près de ma famille, confie-t-il. J’adore être à Sunrise pour le hockey, mais ça fait toujours du bien de revenir à la maison, d’être chez moi, de manger la nourriture de ma mère et d’être dans mon propre lit. Après tout, j’ai grandi là, mes amis sont tous là et je n’ai pas vraiment la chance de les voir durant la saison de hockey. »

 

Sainte-Gertrude, c’est à peu près deux grosses rues, la rue Despins et la principale, et beaucoup de culs-de-sac, décrit-il en riant. L’endroit idéal, donc, pour jouer au hockey dehors et tomber en amour avec ce qui allait devenir son gagne-pain.

 

« La plupart des jeunes de mon village aimaient le hockey, se souvient le numéro 33 des Panthers. Par contre, à part moi et mon cousin Guillaume, personne ne jouait dans une équipe. On jouait donc dans la rue et ce qui était cool, c’est qu’il n’y avait jamais de voitures qui passaient dans la rue. On n’avait pas besoin d’interrompre notre match à toutes les deux secondes pour les laisser passer. »

 

Même s’il aimait bien pouvoir marquer des buts à l’occasion, Montembeault est rapidement tombé en amour avec la position de gardien. C’est dans les rangs novice B, au sein de l’Association de hockey mineur de Bécancour, qu’il a officiellement arrêté son choix sur cette position.

 

« Mon idole de jeunesse était Roberto Luongo, aux côtés de qui j’ai fait mes premiers pas dans la Ligue nationale l’an passé, relate-t-il. C’était vraiment lui mon gardien préféré. J’avais un cadre de lui au-dessus de mon lit dans ma chambre et j’ai toujours aimé ça, un gardien. Je trouvais ça beau, avec tout son équipement ! »

 

Une personnalité différente des autres

Voilà qui en dit long sur la personnalité du jeune homme, qui ne s’est pas empressé de partager les moments passés aux côtés de son idole sur les réseaux sociaux, comme bien d’autres l’auraient fait.

 

« Je ne suis pas quelqu’un qui s’affiche beaucoup, admet Monty. Si on a une conversation ensemble, ça ne me dérangera pas de répondre, mais parler pour parler, ce n’est pas mon fort. Je n’ai même pas de compte Instagram, à vrai dire. Ça n’a jamais adonné, mais je vais devoir m’y mettre bientôt. En tant que joueur de la Ligue nationale, on est conscientisé à l’importance d’être là-dessus afin que les fans puissent nous suivre et qu’on puisse développer d’éventuels partenariats avec des compagnies.

 

Ça ne me dérangerait pas de partager des photos plus personnelles ou faire une story de temps en temps, sans dire où je suis ou ce que je fais à tous moments, poursuit-il. Je suis les autres au lieu de m’occuper des miens ! »

 

Ce sont plutôt ses fans qui s’occupent de ses comptes ! Pour la petite histoire, il y a quelques mois, une jeune partisane a créé un faux compte Instagram sous le nom de « Samuel Montembeault ». Une drôle de sensation, se rappelle-t-il.

 

« C’était bizarre… Plein d’amis m’écrivaient ‘Ah, t’es enfin sur Instagram !’ Je ne comprenais pas pourquoi ils me disaient ça. Ils m’ont envoyé une capture d’écran du soi-disant compte et après avoir fait quelques recherches, on a découvert que c’était une jeune fille qui l’avait créé. J’étais avec un ami et il avait envoyé un message privé sur le compte et la personne lui répondait vraiment comme si c’était moi qui lui parlait. Après un certain temps, on lui a envoyé une photo de nous ensemble et on lui a dit qu’elle pouvait arrêter de se faire passer pour moi. »

 

La cote auprès des partisans

Une simple anecdote qui en dit long sur l’impact qu’il peut avoir auprès des amateurs. À l’extérieur de son village natal, il est apprécié partout où il passe. Lorsqu’il retourne voir un match de l’Armada, ils sont plusieurs à aller à sa rencontre pour avoir une photo avec lui. L’an passé, à ses premiers pas avec les Panthers, il n’a pas mis de temps à charmer son nouveau public.

 

« Je suis toujours souriant et, en général, les gens apprécient ça, opine l’adjoint de Sergei Bobrovsky. J’essaie aussi d’être le plus disponible possible pour les fans. Au Match des étoiles de la Ligue américaine, l’an passé, j’étais demeuré sur la glace pendant une heure pour prendre le temps de rencontrer tout le monde et signer toutes les autographes demandées. Avec les Panthers, quand j’effectuais un arrêt, le monde scandait mon nom. C’était plaisant et encourageant de voir que les gens de Sunrise m’avaient adopté aussi rapidement ! »

 

Une grosse dose d’amour à assimiler pour un jeune homme de 23 ans. Maintenant, lorsqu’il retourne dans son patelin natal, il a un rôle de modèle à jouer auprès des jeunes, ce qui ne vient pas sans responsabilités.

 

« À la Saint-Jean-Baptiste, Sainte-Gertrude a inauguré une patinoire extérieure et on a installé une grosse photo de moi à côté, évoque-t-il. À la fin de la saison, je suis retourné à mes écoles primaire et secondaire. Je ne suis pas très doué pour les discours devant public, alors il y avait un journaliste du coin qui m’accompagnait et il me posait des questions. Les jeunes étaient un peu timides, surtout ceux du secondaire. Ceux du primaire sont moins gênés, alors ils avaient plein de questions ! Avant de partir, j’ai autographié des photos de moi pour les élèves. »

 

Un rôle de modèle qu’il accueille avec fierté, mais modestie, à son image.

 

Une source d’inspiration du nom de Matthieu

Lorsqu’il traverse des moments plus difficiles devant son filet, Samuel Montembeault trouve une source de réconfort auprès de sa famille, de laquelle il est très près. Il parle d’ailleurs avec beaucoup d’admiration de son frère Matthieu, qui est aux prises avec un handicap visuel.

 

« Matthieu a deux ans de moins que moi et sa vision est de 20 %, environ, confie Montembeault. Il porte des lunettes qui sont vraiment très fortes. Quand on était plus jeunes et qu’on allait chez des amis, par exemple, il avait de la difficulté à traverser la rue, alors je l’attendais et je lui tenais la main pour la traverser. Il a fait du karaté, mais s’il avait voulu jouer au hockey, il aurait eu de la difficulté à suivre la rondelle des yeux. Au début, il était supposé ne jamais pouvoir conduire, mais finalement, il y a eu des avancés de ce côté-là et il devrait avoir son permis de conduire bientôt. »

 

Voilà qui démontre bien la force de caractère du petit frère, qui, parole de l’aîné, possède toutes les qualités pour aller jusqu’au bout de ses rêves.

 

« Il n’a jamais rien connu d’autre, rappelle le numéro 33 des Panthers. Quand il va dehors, puisqu’il n’y a pas de pigmentation dans sa peau, il faut toujours lui mettre de la crème solaire. C’est un jeune homme très intelligent et hyper talentueux. Il réussit très bien à l’école et il vient de rentrer au Cégep à Québec. C’est un gars réservé qui fait sa petite affaire et qui est ordonné. Il est meilleur que moi, en tout cas ! »

 

Au plus grand bonheur des parents, Mario et Manon, qui sont des témoins privilégiés de l’épanouissement de leurs deux fils.

 

Le tempérament idéal pour un gardien

La personnalité de Samuel Montembeault joue certes à son avantage lorsqu’il enfile ses jambières de gardien. Après tout, pour connaître du succès à cette position, il faut être un brin différent de la moyenne, voire une bibitte à part, dit-on souvent.

 

« Il y en a que oui, mais pour ma part, j’espère que je ne suis pas si pire que ça, rigole-t-il. Je me suis déjà fait dire par un entraîneur qu’un gardien pratique un sport individuel dans un sport collectif. Il y a les joueurs qui sont toujours ensemble, puis le gardien pour qui c’est un peu différent. J’ai toujours été quelqu’un d’athlétique et lors d’un entraînement ou d’un match, lorsque tu effectues un arrêt spectaculaire, c’est un feeling vraiment l’fun. »

 

Parlons-en, du feeling. À l’instar de l’attaquant qui vient d’inscrire un but important en fin de match, l’homme masqué ressent lui aussi sa part de sensations dans son demi-cercle lorsqu’il parvient à se dresser au moment opportun.

 

« Tu la veux tellement, la rondelle, décrit le choix de troisième ronde (77e au total) des Panthers en 2015. Tu ne veux pas te faire marquer et le sentiment qui t’habite lorsque tu réalises un gros arrêt, avec la foule qui se met à crier et l’énergie que ça procure à tes coéquipiers, j’ai toujours aimé ça, que ce soit comme enfant ou maintenant, dans des matchs où il y a beaucoup de pression. Tu veux faire du puck tracking et avoir la rondelle le plus possible. »

 

Rien ne semble le perturber devant son filet, mais le gardien des Panthers estime néanmoins qu’il devra être encore plus fort mentalement s’il souhaite prolonger sa carrière dans le circuit Bettman au maximum.

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